Le déroulement de la Session 2012-2013

petite_girafe_400Schéma de

l’organisation

de l’année

2012/2013

Une session mensuelle, de novembre 2012 à juin 2013.

Les dates : les samedis 10 novembre et 1er décembre 2012; 12 janvier, 16 février (attention ! nouvelle date), 16 mars, 6 avril, 8 et 29 juin (attention ! nouvelles dates) 2013
Le lieu : Les Salons Mauduit, 10 rue Arsène Leloup, 44000 Nantes

Les enseignements ont lieu le samedi, de 9 h à 16 h (et jusqu’à 18 h lorsqu’il y a une conférence). Ils se répartissent entre le séminaire théorique, les séminaires d’élucidation des pratiques et séminaires de textes, les conférences. Une collation est proposée le midi, sur place, permettant les échanges entre participants et enseignants (pour celle-ci, une participation forfaitaire de 65 euros pour l’année est demandée).
Une présentation clinique a lieu une fois par mois, le mardi de 14 h à 16 h, à l’Hôpital St Jacques.

Le séminaire théorique

De 9 h à 11 h
Des enseignants proposent leur lecture du Séminaire III, Les psychoses.
Lire le programme du séminaire théorique

Les séminaires d’élucidation des pratiques

De 11 h à 12 h et 13 h à 14 h
Comme pour les séminaires de textes, les participants sont répartis en plusieurs groupes.
Ce sont des séminaires d’entretiens sur la pratique, qui se déroulent à partir de séquences, de cas ou de points d’achoppements présentés par les participants ou les enseignants. Le thème de cette année les orientera.
Ces séminaires d’élucidation clinique s’intéressent bien sûr à la psychanalyse et aux différentes psychothérapies, mais aussi par exemple, aux pratiques des médecins, des infirmiers, des éducateurs, psychomotriciens, orthophonistes, assistants sociaux, enseignants, etc. Toutes peuvent relever d’un abord clinique, dans la mesure où elles ont affaire à des sujets : la clinique de la pratique, c’est la clinique des réponses que le sujet y apporte.
Poser que le sujet répond, plutôt que de dire qu’il réagit à la pratique, c’est d’abord mettre l’accent sur sa position, et en fin de compte sur sa position dans la structure : névrotique, perverse ou psychotique. C’est aussi, puisque toute réponse s’entend entre refus et consentement, en signifier la dimension éthique. Et enfin, c’est souligner que le sujet ne fait pas que mobiliser ses défenses, mais qu’il élabore des constructions et fait des trouvailles : la clinique authentique ne se résorbe pas dans le déficit.
L’élucidation des pratiques, à travers les séquences, les cas et les points d’achoppements présentés, vise la mise en lumière du sujet comme réponse. Il est permis d’espérer que du même coup la pratique en soit éclairée.

Les séminaires de textes

De 14 h à 16 h
À chaque séance, deux participants, aidés par un enseignant, présentent leur lecture du ou des textes proposés. Comme pour les séminaires d’élucidation des pratiques, les participants sont répartis en plusieurs groupes.
Lire le programme du séminaire de textes

Les conférences

Trois fois dans l’année, de 16 h à 18 h. Ce sont des conférences cliniques qui traiteront du thème de l’année.
En 2012-2013, nous recevrons Pierre-Gilles Guéguen (Rennes), Philippe La Sagna (Bordeaux), et Maurizio Mazotti (Bologne).

Les présentations cliniques

Un mardi par mois, de 14 h à 16 h, à l’Hôpital St Jacques, à Nantes.
Une équipe soignante propose à un psychanalyste de rencontrer un malade.Qu’attendre de cette rencontre ? La surprise est souvent au rendez-vous. Pour le malade, c’est une occasion, rare, de venir témoigner de ce qui, pour lui, est un “impossible à supporter”. Pour l’équipe soignante, des éclairages nouveaux peuvent être apportés sur certaines butées que rencontre la prise en charge. De même, des questions concernant les modalités de la stratégie thérapeutique sont soulevées. Pour les participants et le psychanalyste, tout en se laissant enseigner par les propos du malade, ils peuvent chercher à se repérer au plus près de la structure.

Thème de l’année 2012-2013

2012-2013_lacan_livre4_couvertureLe paradoxe

de la satisfaction,

entre désir et jouissance


Présentation du thème

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Selon Freud, le symptôme névrotique dont le sujet se plaint a deux versants. Il est d’abord une entité langagière, le symptôme parle dans la mesure où il «dit quelque chose», il est un message à déchiffrer, c’est le versant du sens, Sinn. Il comporte un autre versant, celui de sa Bedeutung, par où il accomplit «un nouveau mode de satisfaction de la libido». Cette «satisfaction réelle» n’est guère reconnaissable par la personne qui l’éprouve comme une souffrance, et s’en plaint à ce titre. Ce versant du symptôme comporte une satisfaction pulsionnelle, que Lacan distingue comme son «rapport au réel». On se retrouve devant un paradoxe : le patient demande une analyse parce qu’il souffre d’un symptôme, mais se découvre que ce dernier accomplit une volonté de jouissance inconsciente, procure une satisfaction pulsionnelle. D’où le problème : comment peut-on parvenir, par l’analyse, non seulement à déchiffrer le sens du symptôme, mais aussi à toucher son «rapport au réel» ? La question devient : quel est le rapport du symptôme à la satisfaction qu’il comporte, une fois qu’il a été traité par l’analyse ? Autrement dit, quel est le destin de la satisfaction pulsionnelle à la fin de l’analyse ? Freud se la pose dans son texte «Analyse finie et infinie» : il s’agit de savoir, dit il, «s’il est possible de liquider durablement, par l’analyse, une revendication pulsionnelle à l’égard du moi».

Avec Lacan et la lecture qu’en fait Jacques-Alain Miller, le trajet analytique pourrait se dire ainsi : l’inconscient freudien, c’est l’inconscient transférentiel. De la rencontre avec l’analyste découle l’inscription du sujet supposé savoir, et la clinique qui s’en produit est clinique sous transfert. L’analysant par sa narration va lever le voile, et, avec les interprétations de l’analyste, une succession de révélations vont surgir. Il va tisser pour son analyste une «hystoire», un roman de la vérité. L’interprétation du refoulement et du symptôme a des effets thérapeutiques, mais le désir ne se nomme pas et ce qu’on en cerne, c’est une jouissance. Cette jouissance trouve localisation dans le dispositif signifiant : dans cette narration il y a des trous, des restes, des résidus, des pièces détachées. Peu à peu, cette élucubration, cette fiction est mise à l’épreuve de son impuissance à résoudre l’opacité du réel. En-deçà du refoulement il y a la défense, qui est refus, obstacle actif par rapport à la jouissance. C’est ce qu’il faut déranger pour que le sujet, au-delà et en-deçà de son fantasme, puisse produire ce qui le fait singulier, son sinthome, dispositif ininterprétable mais susceptible de reconfiguration. C’est l’enjeu même de la psychanalyse, que de viser à la singularité d’un mode de satisfaction apaisé.

Jacques-Alain Miller a proposé de recomposer le mouvement qui anime l’enseignement de Lacan quant à la doctrine de la jouissance, terme presque absent chez Freud, en se demandant ce que devient chez celui-ci le point de vue économique freudien, c’est à dire le point de vue de la satisfaction. Il dégage six paradigmes. Chaque paradigme conduit à un point de butée, par exemple la transcription de la libido en termes de désir : celui-ci, aussi agile, variable, voire bizarre soit-il pour un sujet, ne sature pas la libido freudienne, car il est fondamentalement un désir mort — or il faut rendre compte du vivant : que devient la pulsion ? — Freud n’a jamais cédé sur celle-ci. Nous pouvons dès lors situer le paradoxe de la satisfaction : entre désir, et jouissance. Au long de ce mouvement, qui n’est pas sans renversements, on peut décliner la satisfaction ainsi : satisfaction symbolique, satisfaction imaginaire, satisfaction réelle. Jacques-Alain Miller explore les relations de l’Autre et de la jouissance, du signifiant et de la jouissance entre disjonction, articulation et unification. Il pose ainsi le point de départ de Lacan en
1952 : il y a la psychanalyse, elle existe, elle fonctionne, il y a une satisfaction qui s’ensuit du fait de parler à quelqu’un. Il s’ensuit des effets de vérité qui remanient le sujet de fond en comble. La relation à l’Autre est inaugurale. À l’arrivée : il y a la jouissance, elle se passe de l’Autre, elle est foncièrement Une. Cette jouissance Une peut se décliner : jouissance du corps propre, jouissance phallique, jouissance de la parole, côté blablabla, langue privée — lalangue —, et aussi jouissance sublimatoire, fondement solitaire de la sublimation.

Venons-en au Séminaire IV. Lacan traite du problème que rencontre la conception de l’objet libidinal dans la psychanalyse. Il pose d’emblée que le rapport à la satisfaction est marqué d’une béance : la satisfaction obtenue n’est jamais celle qui est recherchée, il y a une satisfaction impossible. Dans ce séminaire, Lacan trace sa ligne d’horizon. Nous la retrouvons dans le Séminaire XX par exemple : quand on obtient la satisfaction, ça n’est jamais celle qu’on attend. Jacques-Alain Miller indique que le Séminaire IV est un séminaire sur la sexualité féminine, et que la question essentielle de la psychanalyse avec les enfants est celle de la sexualité féminine. L’enfant a affaire à l’insatisfaction constitutive du sujet femme : la femme inassouvie, qui comme mère est mère inassouvie. Il s’agit là de la mère réelle et la relation à celle-ci va comporter un élément central, la dévoration. L’enfant ne suffit pas à combler ce trou, et l’élément central de sa relation orale à la mère devient «dévorer la mère et être dévorée par elle».

Cette leçon va orienter tout l’enseignement de Lacan, lequel ne se boucle pas. Ce qu’elle enseigne peut se généraliser : quand l’Autre ne répond pas, ce trou se transforme en une puissance dévorante. C’est bien ce à quoi tout sujet a affaire au terme de son analyse : comment arrive-t-il par son invention sinthomatique singulière à border la voracité de la pulsion, née de la morsure du signifiant sur le corps.

La session annuelle 2012-2013

2012-2013_lacan_livre4_couvertureLe paradoxe de

la satisfaction,


entre désir

et jouissance


Présentation du thème

Selon Freud, le symptôme névrotique dont le sujet se plaint a deux versants. Il est d’abord une entité langagière, le symptôme parle dans la mesure où il «dit quelque chose», il est un message à déchiffrer, c’est le versant du sens, Sinn. Il comporte un autre versant, celui de sa Bedeutung, par où il accomplit «un nouveau mode de satisfaction de la libido». Cette «satisfaction réelle» n’est guère reconnaissable par la personne qui l’éprouve comme une souffrance, et s’en plaint à ce titre. Ce versant du symptôme comporte une satisfaction pulsionnelle, que Lacan distingue comme son «rapport au réel». On se retrouve devant un paradoxe : le patient demande une analyse parce qu’il souffre d’un symptôme, mais se découvre que ce dernier accomplit une volonté de jouissance inconsciente, procure une satisfaction pulsionnelle. D’où le problème : comment peut-on parvenir, par l’analyse, non seulement à déchiffrer le sens du symptôme, mais aussi à toucher son «rapport au réel» ? La question devient : quel est le rapport du symptôme à la satisfaction qu’il comporte, une fois qu’il a été traité par l’analyse ? Autrement dit, quel est le destin de la satisfaction pulsionnelle à la fin de l’analyse ? Freud se la pose dans son texte «Analyse finie et infinie» : il s’agit de savoir, dit il, «s’il est possible de liquider durablement, par l’analyse, une revendication pulsionnelle à l’égard du moi». (…) lire la suite

Une session mensuelle, de novembre 2012 à juin 2013.

Les dates : les samedis 10/11 et 1/12 2012; 12/1, 16/2 (attention ! nouvelle date), 16/3, 6/4, 8/6 et 29/6 (attention ! nouvelles dates) 2013
Le lieu : Les Salons Mauduit, 10 rue Arsène Leloup, 44000 Nantes.

Chaque samedi, le séminaire de textes, le séminaire d’élucidation des pratiques, le séminaire de textes, et trois fois dans l’année, une conférence. Une présentation clinique a lieu dans un service hospitalier une fois par mois.

Lire le déroulement de la session.

2010-2011 : Qu’est-ce qu’une névrose ?

arcimboldoFaudrait-il conclure du déclin de la fonction paternelle et de ses conséquences sur les structures subjectives qu’il n’y aurait plus de névrosés ? Loin s’en faut. La chute des idéaux et la promesse de la satisfaction par l’objet s’accompagnent d’une clinique moins contrastée, plus graduée. Les discours qui structurent la société, machines originales qui mettent en scène le sujet, produisent la précarité du lien, ce qui n’est pas sans conséquences sur les modalités de la demande. La « globalisation », marchandisation généralisée jusqu’aux relations, pensées, corps et désirs, emporte une individualisation toujours plus poussée ; le mode de vivre ensemble, le lien social est présenté comme une compétition de sujets désarrimés et dispersés. Mais au-delà de la phénoménologie que cela induit, l’examen précis de ce qui constitue fondamentalement la névrose devient d’autant plus nécessaire ; un repérage clinique rigoureux reste un préalable indispensable à la direction d’une cure psychanalytique.

La névrose est une structure particulière, stable, avec des éléments bien définis, bien découpés par la répétition constante et régulière de certains d’entre eux. Le registre symbolique permet de différencier les registres du réel et de l’imaginaire, ordonne la relation spéculaire et médiatise celle du sujet au semblable, construit son rapport au temps et à l’espace, lui permet de poser la question de sa mort et de son sexe. Dans la névrose, il y a une relative stabilité du nouage entre réel, symbolique et imaginaire. Ceci veut dire que le Nom-du-Père est bien à sa place, comme fonction et comme celui qui nomme. Son opération produit la signification phallique ; le rapport à la castration, à l’impuissance et à l’impossibilité, que Lacan écrit moins phi (-j), en est la marque. Ce qui signifie que les éléments nécessaires à toute structure subjective — l’Autre du signifiant, le sujet, l’objet, le fantasme — sont marqués de négativité. Il y a déconnection du signifiant et de la jouissance, il en résulte une différenciation nette entre le Moi et le ça, entre les signifiants et les pulsions, et un surmoi clairement tracé. La relation à l’Autre n’est plus confrontation directe à sa jouissance, mais à son désir. En retour, le désir du sujet, indestructible comme tel et qui échappe au dire, va l’orienter au-delà de sa propre volonté. Ainsi, le sujet éprouve une division, une discordance entre ce qui est du registre du signifiant, de l’idéal, ce qu’il désire ou ce que l’on désire pour lui, et ce qui est du registre de l’objet, part obscure de lui-même, sa part d’ombre.

Chez le sujet névrosé, les formations de l’inconscient font irruption par surprise, ce sont des émergences de vérité. Quand elles émergent, elles ne font pas sens. Elles font trou dans la représentation, troumatisme. Il y a requête d’une urgence, d’un dépassement par la parole. Ceci signifie que l’inconscient est d’abord réel, et non pas symbolique, c’est l’analyse comme expérience de parole qui fait passer l’inconscient au symbolique. De la rencontre avec l’analyste découle l’inscription du sujet supposé savoir, et la clinique qui s’en produit est clinique sous transfert. L’inconscient freudien, c’est l’inconscient transférentiel.

L’analysant par la narration va lever le voile et avec les interprétations de l’analyste une succession de révélations vont surgir. Il va tisser une hystoire pour son analyste, un roman de la vérité. L’interprétation du refoulement et du symptôme a des effets thérapeutiques, mais le désir ne se nomme pas, ce que l’on cerne, c’est une jouissance. Cette jouissance trouve localisation dans le dispositif signifiant : dans les trous, les restes, les résidus, les pièces détachées de la narration psychanalytique. Peu à peu cette élucubration, cette fiction est mise à l’épreuve de son impuissance à résoudre l’opacité du réel. En deçà du refoulement il y a la défense, qui est refus, obstacle actif par rapport à la jouissance. C’est ce qu’il faut déranger pour que le sujet, au-delà et en deçà de son fantasme, puisse rencontrer ce qui le fait unique, son sinthome, dispositif ininterprétable mais susceptible de reconfiguration. C’est l’enjeu même de la psychanalyse que de viser au-delà de la clinique et de ses catégories à la singularité d’un mode de satisfaction apaisé.

La Loire coule à l’envers…

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par Bernard Porcheret *

 

La Section clinique de Nantes

Nantes, ville d’estuaire, là où deux fois par jour la Loire coule à l’envers… Il y a quinze ans nous fîmes le projet d’ouvrir à Nantes une section clinique, après Angers et Rennes, nos voisines, l’une la terrienne et l’autre l’universitaire. D’abord antenne clinique elle devint en 2002 section clinique. Elle est dirigée par un comité composé de Gilles Chatenay, Jean-Louis Gault et Bernard Porcheret, lequel en est le coordinateur. Ces trois enseignants assurent à tour de rôle le séminaire théorique et sont responsables chacun d’un sous-groupe pour les séminaires de textes et d’élucidation des pratiques. Huit collègues enseignent à leurs côtés actuellement : Alain Cochard, Françoise Frank, Jacques Guihard, Remi Lestien, Jean-luc Mahé, Jean-Loup Morin, Claire Talébian, Eric Zuliani. (…) lire la suite

[*] Texte paru dans le Bulletin UFORCA pour l’UPJL de janvier 2011.

Sylvain Lecombre : dessins-coupures

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« Dans une série antérieure de dessins plus évidés, le découpage de la ligne était une façon de la rendre concrète, plus concrète en tout cas qu’en la traçant sur une simple feuille de papier. La ligne acquérait ainsi une présence autonome dans l’espace. Tracer une ligne est toujours pour moi un acte de partage, de découpe d’un espace, comme l’a bien montré Fontana dans ses toiles lacérées. Une ligne tracée sur du papier fait naître une partie droite et une partie gauche si elle verticale, un haut et un bas si elle est horizontale. C’est la base. Mondrian s’en est tenu là à partir d’une certaine époque. Mais tout en ne perdant pas de vue cette structure fondamentale, je m’autorise toutes les combinaisons possibles de lignes à condition que je ne les invente pas et que je ne fasse que les extraire du réel, la réalité étant toujours plus étonnante que la fiction.

Les dessins découpés appartenant à la série actuelle se présentent souvent plutôt comme des surfaces. La ligne se limite alors au contour. Elle souligne la forme, la fait reconnaître. Les thèmes ou sujets sont très divers. Ils représentent en fait tout ce que j’ai envie de saisir, de capturer par le dessin. Mais quels que soient leurs sujets, toutes ces images ou plutôt ces formes sont soumises au même traitement : découpage de leur contour, couleur unie, sans détails intérieurs.

On peut toutefois les classer en deux catégories. Celles qui sont tout de suite reconnaissables et j’aime dans ce cas m’emparer de sujets très stéréotypés que chacun a en tête. Une pendule XVIIIème équivaut alors à une pin up sur une moto parce que j’ai la même envie de me les  approprier et de les restituer visuellement « à l’état brut » pour montrer finalement le raffinement et la sensualité qu’elles ont en commun. Celles qui créent un doute et qui se présentent comme des scènes dont on ne peut pas toujours reconnaître précisément le sujet. Ce sont plutôt des formes de ce genre qui m’ont été demandées aujourd’hui. Pour qu’elles restent aussi efficaces que possible, je préfère ne pas leur donner de titre, ni les commenter. »

Sylvain Lecombre

Contacter Sylvain Lecombre : sylvain.lecombre@paris.fr

(note de l’éditeur : les dessins-coupures de Sylvain Lecombe (tous noirs) ont été posés sur un fond blanc, puis photographiés. Les photos ont été traitées pour leur édition sur ce site : couleurs, effets d’ombrages etc. sont de notre fait.)

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2009-2010 L’interprétation psychanalytique des symptômes

lacan livre iCette année, le séminaire théorique lisait le livre I du Séminaire

L’INTERPRÉTATION PSYCHANALYTIQUE

DES SYMPTÔMES

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PRÉSENTATION DU THÈME

Freud est d’abord un médecin, et c’est à partir de la différenciation entre paralysies organiques et hystériques qu’il va inventer la psychanalyse : il y a des symptômes qui affectent la pensée ou une fonction du corps et n’ont pas de fondement organique. Il met au jour les autres formations de l’inconscient, le rêve, le lapsus, le mot d’esprit, l’acte manqué. Un vouloir dire surprenant se met en travers de la volonté du sujet. Il y a un sens qui peut être déchiffré. Cependant le symptôme se distingue parce qu’il insiste, dure, se répète, se déplace, alors que les autres formations de l’inconscient passent comme un éclair. Il a donc une autre valeur : il assure une satisfaction sexuelle, soutenue par le fantasme et organisée à partir d’un point de fixation. C’est ce qui anime la réaction thérapeutique négative.

Lacan relit Freud au moyen de la linguistique. Dans le Séminaire I sur les écrits techniques de Freud, il établit la distinction entre registres symbolique et imaginaire, préalable pour l’élaboration de sa théorie du signifiant. Il explicite d’abord le versant signifiant, versant du sens, qui est la part analysable du symptôme. « Le symptôme ne s’interprète que dans l’ordre du signifiant. Le signifiant n’a de sens que dans sa relation à un autre signifiant. C’est dans cette articulation que réside la vérité du symptôme ».1 En premier lieu, le symptôme n’apparaît pas directement relatif à un vouloir dire, et seule son inclusion dans le circuit de la parole permet d’interroger son sens. Le petit Hans a une phobie des chevaux : chez lui, le symptôme vient suppléer à une carence de la fonction paternelle. Freud indique que le cheval est le produit d’une substitution 2, Lacan le valide, et précise : cette substitution est signifiante. Mais il remarque dans son Séminaire X que le symptôme apparaît après le surgissement d’une angoisse face à une jouissance inédite. La linguistique ne peut rendre compte de la question de la jouissance, alors qu’elle est ce dont la psychanalyse s’occupe avant tout. Il tente désormais de l’appréhender avec l’objet a qui la localise, l’élémentarise. L’objet a est prélevé sur le corps, le corps qui jouit vient au premier plan. Lacan nomme « parlêtre » ce corps vivant traversé par le langage — c’est le corps qui parle.

Si le signifiant a effet de signifié, il a aussi effet d’affect dans un corps, il fait trace. Lacan indique que « le discours de l’inconscient embraye sur le corps ».3 Pas de symptôme sans corps. La structure du langage découpe le corps de l’hystérique sans égard pour l’anatomie, et chez l’obsessionnel, cette « cisaille vient à l’âme ». Le symptôme devient enveloppe formelle de la matière jouissante. Porter le symptôme jusqu’à ce point de rebroussement où fleurissent les effets de création, c’est conduire le déchiffrage logique de son articulation signifiante jusqu’à un reste : une combinaison de lettres. Corrélativement, la construction du fantasme et sa traversée viennent vider ce noyau dur du symptôme de son poids de pathos.

Pourtant, pas plus que la linguistique, la logique ne réussit à saisir la jouissance. Celle-ci reste à jamais silencieuse, opaque, elle échappe aux semblants, symboliques — les signifiants — ou imaginaires — l’objet a. Lacan construit désormais le symptôme comme un nouage singulier des trois registres imaginaire, symbolique et réel, situés sur un même plan. Il généralise le symptôme : pas de sujet sans symptôme. Le symptôme devient alors cette agrafe unique du sens et du réel. C’est ce que le sujet a de plus réel. Il est pour le sujet sa propre règle quant au sexe, là où il n’y a pas de règle.

Ce versant de l’écriture, du sens joui 4, Lacan le fait valoir de manière exemplaire à partir de son étude sur Joyce. Et pourtant, contradictoirement selon Jacques Alain-Miller, il le renie aussitôt en indiquant que le sens joui est ce qui sert à oublier l’être de jouissance. Dans sa conférence « Joyce le symptôme », Lacan écrit que le symptôme est un « événement de corps » 5 : Joyce est « désabonné de l’inconscient », son symptôme n’est pas une formation de l’inconscient. Nous avons donc, côté sens, un savoir qui n’est que supposé et variable, et côté fixation, un événement de corps. Ce qu’on appelle habituellement « symptôme » est une formation de l’inconscient, de part en part signifiante. Ce que Lacan écrit « sinthome » n’est pas une formation de l’inconscient, il est ce qui reste. Incurable, il inclut le réel, désigne la jouissance propre au symptôme, opaque parce que celle-ci exclut le sens 6.

La psychanalyse se sert de la parole et convoque linguistique et logique, elle se sert du semblant, donc du père, pour effectuer une certaine lecture de cette opacité, tenter d’en élucider une partie. Elle associe au symptôme un savoir, c’est-à-dire une articulation signifiante. Elle peut obtenir la levée de ce symptôme, mais cette levée n’est jamais complète. Il y a le moment de l’exploration de l’inconscient et de ses formations, pour laquelle le symptôme a un sens et peut être déchiffré, et ça parle à chacun. Et il y a ce qui reste, le singulier du sinthome, là où ça ne parle à personne. Ce qui n’est pas événement de pensée, mais événement de corps : de corps non pas spéculaire, mais substantiel 7. Au-delà du discours de l’inconscient, l’analyse vise à restituer, dans leur nudité et leur fulguration, les hasards qui nous ont poussés à droite et à gauche. Ainsi l’interprétation n’est pas seulement le déchiffrement d’un savoir, elle fait voir, éclaire la nature de défense de l’inconscient.8

1 J. Lacan, « Du sujet enfin en question », Écrits, Seuil, 1966, p. 234.

2 S. Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, PUF, 1978, p. 21.

3 J. Lacan, « Télévision », Autres écrits, Seuil, 2001, p. 537.

4 J. Lacan, op. cit., p. 520.

5 J. Lacan, « Joyce le symptôme», Autres Écrits, Seuil, 2001, p. 569.

6 J. Lacan, op. cit., p. 570.

7 J.-A. Miller, « L’inconscient et le sinthome », La Cause freudienne n°71, juin 2009, p. 78.

8 J.-A. Miller, « Nous sommes poussés par des hasards à droite et à gauche », La Cause freudienne n°71, p. 71.

Michel Carrade, couleurs

carrade_1964_1 carrade_huile_sur_toile_1971_400

Huile sur toile, 1964                                               Huile sur toile, 1971

 

MON HISTOIRE AVEC LA COULEUR A COMMENCÉ IL Y A LONGTEMPS…

par Michel Carrade

Durant des années je posais des couleurs sur des papiers et des toiles, et peu à peu, je constatais que ces couleurs étaient comme des charges, que leur juxtaposition ou les écarts qui les liaient ou les divisaient provoquaient des chocs, des pulsions, des tensions.

À ces moments-là, se produisait dans l’œil un vacillement des couleurs, ou bien des appels entre certaines couleurs. Parfois même des effets de combustion jaillissaient comme si les couleurs se volatilisaient pour engendrer quelque chose de plus qu’une addition de couleurs. Ailleurs, il ne se produisait rien, ça ne fonctionnait pas… et les couleurs restaient à leur place, transies, dans un isolement immobile et figé.

 

Avant 1968, ma peinture jouait sur des relations de formes qui se jouxtaient, se heurtaient ou fusionnaient par des effets de matières, d’épaisseurs fortement spatulées ou de pâtes fluidiques, même très liquides posées en glacis qui m’obligeaient à peindre à plat sur le sol. Les liaisons et les transitions se faisaient alors par des cernes noires et la plupart de ces peintures s’articulaient sur une dualité opposant graphisme et plages colorées. Le graphisme y tenait un rôle de ligature fixant l’écart des tensions colorées ; le pouvoir déflagrant des charges de couleurs vives cerclées par le lien graphique constituait essentiellement l’intention picturale de cette période. J’affrontais l’antagonisme d’une coexistence, celle du désaccord dans l’accord et remarquais que ces tensions précipitaient l’ouverture d’un champ spatial. C’est en 1969, à l’occasion d’une exposition que je fis à Montréal et préfacée par Jean Guiraud sous le titre « Nappes d’espace » qu’une étape importante est franchie : je libère ma peinture de tout signe ou élément graphique et mets en place une nouvelle structure formelle à partir de vastes plages verticales qui tissent entre elles des passages et des intervalles plus ou moins nets, se modulant les uns les autres dans des nuances et des fluidités de matière qui évitent la sécheresse des aplats. Je choisis d’exprimer la couleur par sa seule présence physique et immédiate délivrée des choses et de l’anecdote. La matérialité des pigments étant le seul repère, la seule référence pouvant être citée dans la surface de la toile. C’est le rectangle qui désormais « figure », qui est lieu et forme concentrée de la peinture. Je comprends que s’il devait y avoir évolution ou transgression, elles ne viendraient pas d’un support nouveau mais d’une nouvelle mise en tension du support.

La suite de mes expositions a montré différentes phases de ce parcours qui s’est réduit à organiser la surface en bandes verticales afin de préciser l’antagonisme des relations colorées par la multiplicité des rencontres et des intervalles. Ayant rejeté la forme comme un corps étranger, elle se déduit elle-même du format en une répétition banalisée qui laisse à la couleur le soin de prendre le relais par la seule activité des réactions et des énergies qui s’échangent. Ce travail fondé sur le rituel de la monotonie et du recommencement part de la couleur pour poser inlassablement le fait de la lumière, de son omniprésence et de sa complexité. Et si le hasard ajoutait un geste de désarroi ou de dérangement, cela n’en serait que meilleur. Enfin, ne l’oublions pas, la dérision veut que ce n’est pas sur la toile peinte que ceci se réalise, mais au centre de notre œil où réside un soleil.

Michel Carrade, Novembre 1988

(Texte tiré de « Un jour, une œuvre, Michel Carrade », présentation réalisée à l’occasion d’une conférence de Jean Guiraud consacrée à l’œuvre de Michel Carrade le 10 avril 1996 dans le cadre de « 1 jour, 1 œuvre » 95/96, « Le temps de la peinture » (Centre d’initiatives artistiques de l’Université Toulouse Le Mirail — Arts plastiques).
Texte et reproductions sont publiés avec l’aimable autorisation de Michel Carrade et de Jean-Baptiste Carrade.

Signalons aussi la monographie très complète sur Michel Carrade éditée par Didier Devillez (Didier Devillez éditeur, Bruxelles).