Les événements en Val-de-Loire et Bretagne

En passant

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logo_acf-vlb-turquoise-neg-25x10Le site de l’ACF-VLB

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En Loire-Atlantique
Soirée animée par des cartellisants.
Ouverte à tous 
Gare de l’État place de la gare de l’État.
Renseignement : Éric Zuliani eric.zuliani@wanadoo.fr
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ouverte à tous
Agora : 2 bis avenue Albert de Mun
Renseignements Christine Rochefort ;06 66 11 72 39
Vincent Lestien :06 08 43 39 05
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En Val de Loire et BretagneCCC
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CMEA 20 boulevard Arago
Christelle Sandras : 06 62 03 98 37
Delphine Jézéquel : 06 86 64 75 60
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Cinéma Apollo, 4 rue Albert Premier.
Tarifs habituels du cinéma.
Renseignements : le cinéma — 02 54 60 18 75
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Renseignements Frédérique Bouvet : 06 86 41 51 85
Nadia Marhoum-Gervais : 06 68 67 47 64
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Théâtre des Ursulines.
Réservations conseillées au 02 43 09 21 52
 
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Université du Mans Amphithéâtre 3 UFR  sciences
Entrée gratuite 
Contact et réservation : Élisabeth Marion 06 879 30 23 63
elisabeth.marion@gmail.com
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que parler veut dire?

13-06-01_le_mans_afficheQU’EST-CE QUE PARLER VEUT DIRE ?

JOURNÉE D’ÉTUDE AU MANS

9h30-17h30,
Auditorium du Carré Plantagenet
2, rue Claude Blondeau, Le Mans
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L’ARGUMENT ET LE PROGRAMME :

Qu’est-ce que parler veut dire ?

Cette interrogation et son équivoque est peut-être, au fond, celle qui court tout au long de l’enseignement de Jacques Lacan. Il évoque, dès les premiers mots  de son Séminaire,  cette prise du langage sur l’être humain, avec le maître zen qui « interrompt le silence par n’importe quoi, un sarcasme, un coup de pied »1. Dans la voie ouverte par Freud, Lacan interroge tout d’abord la parole du sujet « pour autant qu’elle ne consiste pas simplement pour lui à se dire, ni même  s’affirmer, mais à se faire reconnaître »2. A faire reconnaître la part de son désir « dans l’interférence et les battements que font converger sur lui les cycles du langage » qui l’ont précédé et l’ont « engendré par l’os et par la chair »3.   Le vouloir-dire du sujet  des premiers séminaires est en effet, ainsi que le rappelle Jacques-Alain Miller4, « désir de reconnaissance auprès d’un Autre majuscule, puis vouloir-dire à l’Autre, ou à partir de l’ Autre […]  La parole est », ici, « toujours prise dans une […] stratégie à  l’Autre, toujours déchiffrable comme une stratégie du sens ».

Ce vouloir-dire, à partir du séminaire Encore et avec l’introduction du concept de lalangue, cède la place  un vouloir-jouir « où c’est la pulsion et non la signification qui est conçue comme le principe, le moteur de l’être parlant ». On est donc parti du sens pour arriver à la jouissance, là où la parole ne s’adresse plus à l’Autre. Cette assertion bouscule toutes les certitudes communément admises sur l’illusion d’une communication adéquate, ou bien encore sur les bienfaits thérapeutiques d’une parole enfin libérée. Le sujet, puis le parlêtre, a à se déprendre de « cet effort pour trouver un accord » qui « constitue la communication propre au langage »5. « Les gens communiquent, utilisent les mêmes mots, mais qui parle vraiment la même langue ? »6 s’interroge le rocker Nick Cave.  Mais ça n’est pas parce qu’on ne parle pas la même langue qu’il faut renoncer à dire, et Nick Cave l’a bien compris, lui qui est aussi poète. Car « c’était bien le verbe », écrit Lacan, « qui était au commencement, et nous vivons dans sa création, mais c’est notre esprit qui continue cette création en la renouvelant toujours. »7

Ne pas renoncer, ne pas accepter le ravalement de la parole quand le discours de la science, associé au discours du capitalisme,  promeut l’exactitude du chiffre et de la statistique au détriment du langage et de la singularité : les évaluations chiffrées et les items pré rédigés  confisquent la parole du sujet contemporain, réduit à poser des croix pour valider des énoncés qui ne sont pas les siens.

Deux psychanalystes de l’Ecole de la Cause freudienne –  dont l’un vient d’être nommé Analyste de l’Ecole et comme tel appelé à témoigner de ce que parler a voulu dire dans sa propre cure –, des enseignants en philosophie, en communication et en orthophonie viendront nous exposer ce que, pour eux et dans leur champ étroitement lié  la parole, le thème de cette journée leur a inspiré.

1 Lacan J., Le Séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p. 7.
2 Lacan J., « Discours de Rome », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 135.
3 Lacan J., « Fonction et champ et de la parole et du langage », Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 279.
4 Miller J.A., « Le monologue de l’Apparole », Quarto n°34, 1996, pp. 7  18.
5 Lacan J., Le Séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p. 9.
6 Cave N., Propos recueillis par Hugo Cassavetti, Télérama n° 3292, février 2013.
7 Lacan J., « Fonction et champ et de la parole et du langage », Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 271.

Le Programme :

Association de la Cause freudienne Val de Loire-Bretagne

LE MANS – SAMEDI 1er JUIN 2013 – JOURNEE D’ETUDE

QU’EST-CE QUE PARLER VEUT DIRE ?

Accueil – 9h15

9h30 – présentation de la journée.

Présidence : Bernard Porcheret, psychiatre, psychanalyste

Christine Van Geen, agrégation et doctorat de philosophie

« Trouver la voix : l’impossible fondation de la légitimité à parler »

Discutants : Cécile Bartoli, psychologue, Gilles Chatenay, psychanalyste

Marie-Joëlle Prévert,  enseignante, Centre de Formation Universitaire d’orthophonie, Nantes

« Parler c’est, parler sans savoir… »

Discutants : Christiane Choplin, psychanalyste, Stève Merit, psychologue

Nicole Denoit,  doctorat de communication, enseignante à l’Université de Tours

« ‘Le bruissement de la langue’ ou ‘le frisson magnétique du sens’ »

Discutants : Chantal Guibert, Sylvie Bruneau, psychanalystes

Pause déjeuner : 12h30 – 14h30

Après-midi

Gilles Chatenay,

Psychanalyste à Nantes, membre de l’Ecole de la Cause freudienne

«L’étrangéité de la langue »

Discutants : Elisabeth Marion, psychanalyste, Yohan Trichet, psychologue

Bernard Porcheret

Psychiatre psychanalyste à Nantes, membre de l’Ecole de la Cause freudienne

Analyste de l’Ecole en exercice

« Un effort d’équivoque, c’est ce que parler veut dire en analyse »

17h30 – clôture de la journée

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Freud et les Berlinois

13-01-25_sokolowsky_couverture

FREUD

ET

LES BERLINOIS,

PAR

LAURA SOKOLOWSKY

Presses universitaires de Rennes, 2013

13-05-16_nantes_sokolowskyLA PSYCHANALYSE POUR TOUS

À L’ORIGINE DES CENTRES DE CONSULTATIONS PSYCHANALYTIQUES

À Nantes, le 16 mai 2013, à Nantes

Salle Jules Vallès, Médiathèque Jacques Demy, 24 quai de la Fosse, 21h.

Télécharger l’affiche

Le bureau de Nantes invite Laura Sokolowsky à l’occasion de la parution de son livre Freud et les Berlinois. C’est une grande chance que nous aurons de pouvoir discuter avec elle, d’un moment important du mouvement analytique.

« La psychanalyse naquit du refus de la suggestion : elle se distingue ainsi de la psychothérapie. Le seul pouvoir de la psychanalyse, en définitive, c’est le pouvoir de la parole, non pas celui du psychanalyste. » D’emblée la spécificité de la découverte de l’inconscient freudien met le psychanalyste dans une position très particulière. Il lui revient en effet d’avoir à s’adresser à l’opinion pour témoigner de la justesse de l’hypothèse qui soutient sa praxis. En effet, l’acte analytique a bien des effets, éventuellement thérapeutiques, mais ceux-ci ne peuvent pas s’apprécier par les méthodes habituelles du comptage, ni se référer aux connaissances admises dans le discours courant.

L’acte analytique ne renvoie qu’au désir du praticien en sa solitude car la psychanalyse ne peut être fondée que sur la découverte de l’inconscient.

Ni la respectabilité de la fonction ni la protection de l’institution ni même surtout la volonté thérapeutique ne peut fonder la praxis, le psychanalyste ne peut être qu’en porte à faux face au discours courant. Il rencontre ainsi nécessairement une résistance qui « provient de la méconnaissance, voire le rejet de l’excentration du savoir dans sa forme insu par rapport au moi et de sa maîtrise. »

Toutes les grandes questions, la formation du psychanalyste, les possibilités d’exercice, le travail en institution, la diffusion de la psychanalyse et même l’idée que la psychanalyse pourrait avoir une vertu préventive se sont trouvées posées dès l’origine et Freud s’est trouvé pris entre deux objectifs contradictoires – comment assurer l’avenir de la psychanalyse sans transiger sur les exigences qu’impose l’hypothèse de l’inconscient.
Le réel de l’histoire allait bousculer tous les projets mis en place.

Laura Sokolowsky nous conte formidablement la grande histoire de l’entre deux guerres dans laquelle l’institut de Berlin fut balloté. Foyer de tous les espoirs et modèle pour la société psychanalytique naissante, il devint un gâchis, résultat de compromissions avec le pouvoir nazi. « Fallait il s’insérer dans la société en endossant le costume du thérapeute ? Dans un tel contexte comment la psychanalyse aurait-elle pu se développer sans être absorbée par les idéaux et par les maîtres mots d’un discours étranger au sien ? ».

Eclairées par un déchiffrement rigoureux et précis des événements entre 1918 et 1933, ces questions livrent leur poids de réel et interrogent notre actualité. Loin de se cantonner à un domaine du passé elles renvoient à une actualité toujours brulante. C’est tout le mérite de ce livre dont la lecture est un bonheur, de pouvoir susciter le débat sur l’existence de la psychanalyse dans notre société contemporaine.

Remi Lestien

Campus psy à Rennes

13-10-05_rennes_campuspsy_blog_bandeauNouvelles

pratiques

du

corps :

Entre désir et Droit

L’ACF-VLB et les Sections et Antennes cliniques de l’Ouest unissent leurs ressources pour un forum qui aura lieu, sous l’égide de Campus-psy, le 5 Octobre 2013 à Rennes. Grâce au talent et au travail de  Jérémie Retière et Julien Berthomier, un blog fonctionne dès à présent pour vous permettre de vous informer sur la préparation du forum, et aussi pour apporter vos contributions sur le thème.

Voici le lien pour accéder au blog : http://www.campuspsy-vlb.blogspot.fr/

Des textes courts, vifs, sont attendus. Vous pourrez les envoyer aux trois référents dont les adresses sont inscrites inscrites sur le blog: Jean-Luc Monnier, Anne-Marie Le Mercier, Remi Lestien.

N’hésitez pas à diffuser l’information concernant ce forum, ouvert à tous.

Nouvelles pratiques du corps : entre désir et Droit

Jean-Luc Monnier

Le corps de l’être humain est un corps social, il s’inscrit dans la société à laquelle le sujet qui le possède appartient1. Cela n’a pas toujours été le cas, même si du corps glorieux au corps déchet, les anthropologues et les ethnologues ont su mettre en évidence les multiples usages et mésusages que l’homme fait de son corps. Moyen de parade, surface d’inscription, instrument de jouissance, simultanément corps vivant, animé par la libido qui le fait un et consumé par la pulsion de mort qui le corrompt, il est de toutes les aventures humaines.

Appareillé, béquillé, amputé, le corps est cependant longtemps resté un « corps aristotélicien », c’est-à-dire inséparable de l’Âme qui l’anime.
Avec Descartes, tout change, le corps devient matière, étendue, machine auto-animée sur laquelle le médecin va se pencher à l’instar du mécanicien sur l’automate intervenant sur une pièce ou une autre, désormais détachable2.

La brèche ouverte par l’inventeur du cogito ne se refermera plus : la réduction du corps à sa biologie, à ses divers composants chimiques, à ses échanges électriques, etc. n’aura alors plus que les limites que lui imposent les progrès de la science.
Sans doute est-ce à ce prix que la biologie, la génétique, la physique, l’informatique participent paradoxalement à maintenir efficacement le un du corps et si nul n’envisage un retour à la théorie des humeurs, il est aussi exact de dire, comme l’avance Jacques-Alain Miller, que « Dans ce qui nous reste comme monde, on commence à apercevoir que ça n’est encore que pour un temps : la famille, la procréation, le corps, tout ça va incessamment être gagné par la décomposition scientifique. »3

Le XXe siècle a vu l’épanouissement de la Procréation Médicalement Assistée, des transplantations d’organes, le XXIe siècle verra celui des programmes « transgender », de la Gestation Pour Autrui4 et l’inversion du dogme Pater incertus, Mater certissima. Il verra aussi s’épanouir la biomécatronique5 nous transformant tous à plus ou moins long terme en des Steve Austin6 potentiels.

La chirurgie esthétique, le sport ne sont pas en reste : ils montrent déjà à quel point les pratiques du corps intègrent les progrès de la science et des techniques. Oscar Pistorius7 ou Caster Semenya8 en sont des exemples paradigmatiques.

Tous ces bouleversements convoquent le droit : les débats actuels autour du « mariage pour tous » démontrent, s’il en était encore besoin, la nécessaire intervention du législateur dans la régulation des « droits subjectifs » et de leur développement exponentiel, galvanisé par les progrès d’une science dissociant, toujours plus, réel et nature9.

Quelle est la place du psychanalyste ? Ni prêtre ni juge ni devin, son devoir est d’accompagner ce mouvement en accueillant la parole singulière des sujets – mieux vaut dire parlêtre, aux prises avec ces nouveaux modes de vie. En cela il a son mot à dire, pour préserver cette place où peut se révéler le plus intime d’un être tel qu’il se noue à la course du monde.

L’ACF-VLB et les Sections et Antennes cliniques d’Angers, de Brest-Quimper, de Nantes, de Rennes organisent un grand forum pour entendre des spécialistes du droit, du sport, des PMA et débattre de ces questions avec eux.

Des praticiens d’orientation lacanienne, dans le particulier de cas exposés, montreront de quelle façon la psychanalyse accueille les nouveaux symptômes qui dérivent de ces nouvelles pratiques du corps.

1 J.-A. Miller, « L’orientation lacanienne. Pièces détachées », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 24-11-2004, inédit.  « Le corps, c’est ce que le droit décerne au sujet comme sa propriété, habeas corpus, ton corps est à toi »
2 Ibid.
3 Ibid.
4 GPA : Gestation Pour Autrui.
5 Article paru sur le point.fr du 12 avril 2012, intitulé « Les exploits de l’homme bionique ».
6 Steve Austin, l’homme qui valait trois milliards, série télévisée des seventies.
7 Oscar Pistorius, athlète amputé des deux jambes à 11 mois, qui court sur des lames de carbone, devenu le premier athlète paralympique à participer à des JO avec les valides (il a été éliminé en demies du 400m à Londres).
8 Caster Semenya, déclarée « intersexe » lors d’un « contrôle de genre » en 2009.
9 J.-A. Miller, présentation du thème du IXe congrès de l’AMP, Lacan Quotidien n°216.

Le programme :

Accueil à partir de 8h45

Matinée

› Pierre-Gilles Gueguen, psychanalyste

› Maître Charrière-Bournazel, ancien bâtonnier du barreau de Paris, Président du Conseil national des Barreaux

› Étienne Klein, physicien ; pratique de l’Ultra-trail

› Des sportifs de haut niveau :

Entretien filmé avec : Stéphane Houdet, champion handisport de tennis.

Conversation avec : Michel Desjoyeaux, navigateur (sous réserve).

Pause – déjeuner : 12h45 / 14h15

Après-midi

Intermède chorégraphique

› Bernard Porcheret, psychanalyste, Analyste de l’Ecole

› David Briard et Armelle Guivarch, situations cliniques – Cercle UFORCA

› Virginie de Gouberville, avocat à la Cour

› Odile Buisson, gynécologue, obstétricienne

› Jean-Claude Maleval, professeur de psychopathologie à l’Université de Rennes 2


À Lorient, le 26 janvier 2013

13-01-26_lorient_ecouter_autistesACF – VLB de Vannes – Lorient

Antenne clinique de Brest – Quimper

Le collectif des praticiens auprès des autistes

Après-midi clinique – débat

« Écouter les autistes »

Déclaré « grande cause nationale » en 2012, l’autisme a été source de polémiques et d’attaques virulentes contre les pratiques psychanalytiques. La psychanalyse, accusée de culpabiliser les parents, notamment les mères des enfants autistes, a été présentée aussi comme un traitement d’un âge déjà révolu. Or, les avancées de la science sont prises en compte par les psychanalystes ; sans programme préétabli mais pas sans principes, les praticiens orientés par la psychanalyse ne promeuvent pas une méthode basée sur le comportement applicable pour tous, mais un accompagnement en se faisant le partenaire de chacun de ces sujets ; c’est en prenant en compte ses possibilités, par exemple sa façon de traiter le langage, d’utiliser un objet électif ou d’avoir un intérêt parfois très ténu, que l’on peut l’amener avec une sollicitation sur mesure, à ce qui peut s’inventer et s’opérer comme ouverture.

L’après-midi du samedi 26 janvier sera l’occasion de présentations d’une clinique orientée par la psychanalyse, nous y entendrons en effet des praticiens qui témoigneront d’un travail auprès d’un enfant, et aussi d’un travail mené avec une association de parents d’enfants autistes ; seront également proposés pour le débat deux exposés sur la science et la psychanalyse, la place des parents, et une intervention du professeur Jean-Claude Maleval, psychanalyste, dont les nombreux écrits sur l’autisme sont une référence incontournable sur cette question.

Maryvonne Michel

Déléguée ACF-VLB de Vannes-Lorient

Interviendront :

Marcel Eydoux : « Autisme, la faute des parents ? »

Lucie Pinon : « Une créativité singulière »

Armelle Guivarch : « Nous sommes tous des OGM »

Isabelle Fauvel : « Créer pour respirer»

Eva Petit : « Assieds-toi et écoute ! »

Jean-Claude Maleval :

« La science de l’autisme en impasse : le rapport de l’HAS »

Débat animé par Michèle Miech et Ariane Oger

SAMEDI 26 JANVIER DE 14 H à 18H

Salle de conférence 83 rue Amiral Courbet à Lorient

– Entrée gratuite –

Contact : Maryvonne Michel tél : 06 73 00 70 19  (maryvonnemichel@sfr.fr)

2 février 2013 : L’action lacanienne

13-02-02_ecf_desir_droit_200pxQuestion d’École

L’action lacanienne

Passe et utilité publique de la psychanalyse

Télécharger l’affiche, le bulletin d’inscription
Inscription en ligne :
L’année qui se termine pour l’ECF a été celle du combat pour abattre la censure à l’endroit de la psychanalyse dans l’abord clinique et thérapeutique de l’autisme.
Plus de vingt forums et activités se sont déroulés en France et en Belgique, témoignant de la force de mobilisation des ACF et les Journées de l’ECF« Autisme et psychanalyse» ont réunies près de 2000 personnes au Palais des Congrès.
Au-delà de la question de l’autisme, faire valoir l’utilité publique de la psychanalyse est aujourd’hui une responsabilité majeure de l’ECF. L’heure est à « L’action lacanienne » et le Directoire de l’ECF vous convie sous ce titre à une nouvelle Question d’Ecole le 2 février à Paris. Ni « réactionnaire » ni « progressiste », la psychanalyse soutient la cause du sujet et son rapport singulier à la jouissance, au désir et au destin, que le discours de la science vise à forclore.
Nous débattrons à Paris des questions cruciales pour la psychanalyse : son devenir dans les institutions, sa place à l’Université, sa relation avec l’action politique mais aussi l’actualité des CPCT, le dynamisme des ACF, les forums à venir … Pas de Question d’Ecole enfin, sans une place centrale faite à la passe, aussi entendrons-nous les AE et la commission de la passe sur cette question de l’utilité publique, du point de vue de la psychanalyse pure.
Jean-Daniel Matet et Philippe Benichou

PS : les propositions d’intervention peuvent être adressées avant le 22 décembre à matet@orange.fr

Le sujet psychotique à l’époque Geek

13-05-18_nls_congres_afficheLe sujet psychotique à l’époque Geek

Typicité et inventions symptomatiques

par Dominique Holvoet

Télécharger le texte

Dans un monde où chaque « Un » est appareillé à son « i-objet », un monde où être geek[1] constitue un style de vie ordinaire, que devient ce que nous appelons psychose ? Le triomphe des « i-gadgets » comme objets hors-corps a bouleversé les rapports entre les parlêtres, jusque-là codifiés par ce que Freud nommait le programme de la civilisation. Du XXè au XXIè, nous sommes passés du siècle des discours qui nouent le lien social, au monde de l’Un-tout-seul qui trouve appui sur le symptôme comme lien social alternatif.

Dans son intervention du Congrès de Tel-Aviv, qui fera référence pour celui d’Athènes, Éric Laurent propose pour la NLS « une enquête sur la façon dont nous lisons dans la pratique qui est la nôtre aujourd’hui ce que le mot de psychose veut dire pour la psychanalyse »[2].  On peut en effet généraliser l’effort psychotique, qui consiste à ordonner le monde sans le secours des discours établis, à l’effort général de l’écriture du symptôme de chacun. Cette marque symptomatique, sceau sur le corps, trace dans lalangue, ou encore invention forcée, consiste en une réduction de la fuite du sens. À l’envers, le surf sur la toile affolée du web est présenté comme le tonneau des Danaïdes du XXIè siècle. Ainsi pour Raffaele Simone, la médiasphère produit une révolution de l’esprit plus large et plus pénétrante que celle que Platon pouvait craindre dans Phèdre sur l’avènement de l’écriture[3]. Plutôt que d’adopter une attitude d’affliction nostalgique, nous dirons comment la psychanalyse accueille ces nouvelles formes de livres en live que chacun écrit à son image, facebook privé toujours plus ouvert sur le monde,  exposition de son propre cas en remaniement permanent. Simone est cependant plus proche de Lacan lorsqu’il considère que les médias ne sont pas l’extension de l’homme, mais au contraire, l’homme l’extension des médias. L’« i-objet » n’est-t-il pas un organe supplémentaire dont les blogueurs que nous sommes cherchent la fonction ?

Dans ce contexte de grand désordre dans le réel[4], la psychiatrie s’est éloignée toujours plus des signes constituants de la psychose  au profit du silence des organes (au point de perdre tous repères, par exemple, sur le cas de Anders Behring Breivik). Pendant ce temps, la psychanalyse, plutôt que de s’affliger du déclin de l’imago paternelle, a révélé l’arbitraire du père, sa dimension de fiction, pour s’attacher toujours plus à l’enveloppe formelle du symptôme. Ainsi vise-t-elle le noyau de jouissance du symptôme dans ce qu’il a de plus réel, constituant du même coup, pour le parlêtre, son point d’ancrage le plus singulier.

De nombreux discours tentent d’ordonner le monde. Lacan en a formalisé quatre, plus le discours capitaliste « qui les ronge tous, où c’est l’objet a qui passe au zénith et redistribue les permutations possibles »[5]. À ce mouvement de la civilisation qui devient plurielle correspond la bascule conceptuelle chez Lacan du passage de la première à la seconde métaphore paternelle[6].  Ce n’est plus le Nom-du-Père mais l’ensemble de la langue qui prend en charge les phénomènes de stabilisation de la signification.  Cet Autre que Lacan barrait d’un trait pour marquer qu’il ne tenait son assurance que d’une fiction, cet Autre qui donc n’existe pas, force chacun à produire la singularité de sa trajectoire.

Il nous faudra, dans les travaux du Congrès, mettre l’accent sur l’invention symptomatique, sur le bricolage subjectif singulier qu’appelle l’époque de l’Autre qui n’existe pas[7] et ses « i-objets ».  Autrement dit, comment le sujet fait-il de son symptôme une langue ? Comment se saisit-il des objets pour en faire des organes fonctionnels ? Éric Laurent le souligne : c’est du sujet dit psychotique que nous avons à apprendre comment, pour chacun, l’ensemble de la langue prend en charge l’effort de nomination de la jouissance. Ainsi , la bonne façon d’être hérétique dans la psychanalyse de l’après Œdipe[8] serait « celle qui, d’avoir reconnu la nature du sinthome, ne se prive pas d’en user logiquement, c’est-à-dire d’en user jusqu’à atteindre son réel, au bout de quoi il n’a plus soif. »[9]  Reconnaître la nature du sinthome, c’est « reconnaître la façon dont la substance jouissante est prise en charge par la langue elle-même et l’ordonne »[10].  C’est l’organe-langage qui fait du sujet un parlêtre, ce qui implique qu’en même temps qu’il lui donne l’être, il lui refile un avoir, son corps.  En les signifiantisant, l’organe-langage déchausse les organes du corps, ce qui les rend problématiques et nécessite de leur trouver une fonction,  sans le secours d’aucun discours établi pour le dit schizophrène[11].

Nous pourrons ainsi décliner le catalogue des inventions psychotiques[12] : invention d’un discours, d’un recours pour pouvoir faire usage de son corps dans le cas du schizophrène, invention d’un rapport à l’Autre pour surseoir au lien social dans le cas du paranoïaque, invention impossible dans le cas du mélancolique, invention d’un point d’ancrage ou d’une identification dans le cas des psychoses ordinaires. La non-invention constitue par ailleurs une classe tout aussi intéressante du fait que le traumatisme de la langue y apparaît pur.

Notre effort, déclare E. Laurent, se trouve cependant à l’envers des tentatives classificatoires. Il y a un horizon de l’inclassable dans la psychanalyse qui vise cet effort pour que le symptôme puisse désigner la singularité d’un sujet. Mais cette extension à l’ordinaire de la psychose, le « tout le monde est fou », ne veut pas dire que tous soient psychotiques. « Il ne s’agit pas de confondre les leçons du sujet psychotique qui portent sur l’ensemble du champ clinique, avec une catégorie clinique comme telle qui deviendrait la catégorie majoritaire de notre expérience »[13].  Ainsi notre enquête devra également explorer « comment se transforme le nom-du-père ordinaire de l’existence, une fois que nous avons notre horizon de l’inclassable »[14].  Et nous retrouverons avec la dimension du père comme fiction, la typicité de la psychose, et les phénomènes de déclenchement liés à la rencontre avec « Un père », phénomènes qui ne relèvent pas de l’invention.

Le délire ordinaire, c’est l’effort d’invention d’un geek.  « On est sûr que c’est un délire quand ça reste d’Un-tout-seul. […] Est-ce que ça arrive à faire lien social ou pas ? Il y a parfois une contingence là-dedans. Il y a des formes de délire dont on voit bien qu’elles ne peuvent se socialiser »[15]. Mais les fanatismes religieux, les thérapies autoritaires ou encore l’évaluation généralisée ne révèlent-t-ils pas un furieux appel au père ? À ces formes triomphantes du collectif, la psychanalyse n’oppose-t-elle pas une réponse inédite en tant qu’expérience de traversée des impasses du « Un-tout-seul » ? C’est la question que notre enquête sur la psychose à l’époque geek pourra contribuer à résoudre.

[1] Geek, terme d’argot américain qui désignait à l’origine une personne bizarre perçue comme trop intellectuelle. Peu à peu utilisé au niveau international sur Internet., le terme est revendiqué par les adeptes des gadgets de haute technologie. Selon l’Oxford American Dictionary (en), l’origine du mot se trouve dans le moyen haut-allemand Geck, qui désigne un fou, un espiègle et du néerlandais Gek qui désigne quelque chose de fou. (source : wikipedia)
[2] Laurent E., « La psychose ou la croyance radicale au symptôme », intervention au Congrès de la NLS à Tel-Aviv à paraître dans Mental n°29 en janv. 2013, paru en anglais dans Hurly-Burly n°8, oct. 2012.
[3] Simone R., Pris dans la toile, l’esprit aux temps du web, Gallimard, à paraître dans la traduction française le 15 nov. 2012. Version originale en italien : Presi nella rete. La mente ai tempi del web, Saggi, avril 2012.
[4] Référence au titre du prochain congrès de l’AMP à Paris en 2014. Intervention de J-A Miller parue dans Lacan Quotidien 63, disponible sur le site de la NLS.
[5] Laurent E. op.cit.
[6] Miller J-A, « Extimité », Cours du 5 février 1986.
[7]Miller J-A, « L’invention psychotique », Quarto, 80/81, 2004 : « L’Autre n’existe pas veut dire que le sujet est conditionné à devenir inventeur ».
Paru en anglais dans Hurly Burly n°8.
[8] Caroz G., voir son excellent argument pour PIPOL 6, « Après l’oedipe ». Le Congrès de la NLS à Athènes s’inscrit à ce titre dans la perspective du 2è Congrès Européen de psychanalyse organisé par l’EuroFédération les 6 et 7 juillet 2013. (europsychoanalysis.eu)
[9] Lacan J., Le Séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, (1975-1976), Paris, Seuil, 2005, p. 15.
[10] Laurent E., op.cit.
[11] Lacan J., « L’Etourdit » (1972), Autres Ecrits, Seuil, 2001, p. 474.
… de ce réel : qu’il n’y a  de rapport sexuel, ceci du fait qu’un animal a stabitat qu’est le langage, que d’labiter c’est aussi bien ce qui pour son corps fait organe, – organe qui, pour ainsi lui ex-sister, le détermine de sa fonction, ce dès avant qu’il la trouve. C’est même de là qu’il est réduit à trouver que son corps n’est pas-sans autres organes, et que leur fonction à chacun, lui fait problème, – ce dont le dit schizophrène se spécifie d’être pris sans le secours d’aucun discours établi.
[12] Miller J-A, , « L’invention psychotique », Quarto, 80/81, p. 9, 2004.
[13] Laurent E., op.cit.
[14] Laurent E., op.cit.
[15] Miller J.-A., op. cit., p. 13.

La « supervision » comme réunion clinique

13-07_eurofederation_pipol6_200pxPoint de vue concernant
les Simultanées cliniques de PIPOL 6

De la « supervision » comme réunion clinique
Alfredo Zenoni (Bruxelles-Capitale)

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Lorsque nous sommes invités, par son équipe ou par ses responsables, à effectuer une « supervision » dans une institution, ce que nous faisons a si peu à voir avec ce qu’on entend généralement ailleurs par cette notion qu’il faudrait presque proposer d’en abandonner le terme.  Dans certains cas, il arrive qu’on puisse suggérer de désigner cette pratique par la notion de « séminaire clinique » ou de « réunion clinique ».  Mais, même quand le terme de « supervision » reste en vigueur, nous répondons à l’invitation de l’institution  en vue d’y pratiquer autre chose que ce qui se fait traditionnellement sous le couvert de cette notion.
La notion classique de la supervision  comporte, en effet, le présupposé d’une transposition de quelque chose de la séance analytique ou de la séance de contrôle à un collectif ou à une pratique collective.  L’accent y est mis sur la vérité subjective de chaque participant et, à l’occasion, sur son « hystérisation » par rapport au discours de l’institution. Tout se passe comme si l’analyste superviseur était censé exercer quelque chose de la pratique analytique à l’adresse des intervenants, c’est-à-dire transposer quelque chose de ce qui fait le noyau de la formation analytique dans le cadre de l’institution. Or, il n’y a pas d’analyste en dehors du contexte bien défini de l’acte analytique, encore moins dans un contexte de groupe1.

À distance, donc, de toute opération « analytique » à l’adresse des intervenants, à distance de toute interprétation  du contre-transfert ou autre, notre opération est essentiellement de l’ordre de la clinique.  Elle est de l’ordre de ce qui peut être enseigné en dehors du cercle des initiés à l’expérience analytique. Dans la supervision il ne s’agit pas d’une pratique analogue à celle de l’analyse, « où ce que la psychanalyse démontre, ce qu’elle transmet, ce qu’elle permet au sujet de saisir, (…) elle l’accomplit par la cure analytique elle-même.»2  Il s’agit d’une forme d’enseignement : enseigner quelque chose de ce que la psychanalyse enseigne.  Le savoir qui est en jeu n’est pas le savoir caché, supposé, celui qui suscite un effet d’amour (on évoque parfois le cas de supervisions où l’analyste ne fait rien d’autre qu’écouter en silence), mais le savoir exposé, le savoir au travail, celui qui suscite un effet de … travail.
La « supervision » en institution, et non de l’institution3, s’appuie sur le principe même qui est au fondement des Sections cliniques dans le Champ freudien. La Section clinique, en effet, a été élaborée  autour de la présentation de malades, telle que pratiquée par Lacan, et par le prolongement des enseignements qui peuvent en être tirés.  Or, que sont d’autre nos interventions dans les institutions au titre de ladite supervision sinon des « entretiens sur la pratique » à partir d’une présentation de cas ?
Lorsque la demande d’une équipe n’est pas formulée dans ce sens, nous y répondons de manière à ce que notre orientation s’en précise. Le but n’est pas de transformer la pratique en institution en quelque chose qui amènerait, ne fût-ce d’une manière inchoative, à une habilitation à l’exercice de la psychanalyse (en institution, voire en cabinet) mais de permettre d’élaborer, pour cette pratique, les conséquences de la clinique psychanalytique.
S’il ne s’agit pas de « savoir supposé », le savoir exposé dont il s’agit n’est non plus un savoir constitué.  La supervision  ne consiste pas en l’application d’un savoir général à un cas particulier.   Au contraire, elle consiste pour ainsi dire en une application du cas particulier à la clinique elle-même, soit en la transformation du cas en un cas d’enseignement clinique, et d’abord pour le « superviseur » lui-même.  Loin de partir d’un code pré-établi de signes dont il s’agirait de repérer la présence dans la phénoménologie du cas, il s’agit d’ordonner les phénomènes inédits et singuliers en un paradigme de problématique clinique et d’éventuelle « solution » sinthomatique.  Ce qu’il est convenu d’appeler la « deuxième clinique » de Lacan nous oriente ici dans une approche des phénomènes qui s’écarte de toute notion de déficit, pour en mettre en lumière le statut de réponse, une réponse parmi d’autres, à un impossible de structure, à un réel. Une telle lecture n’est possible que si on admet une conception des psychoses et des diverses folies de l’être humain qui les enracine dans la même condition de parlêtre, autrement dit qui les réfère à une cause dont les effets se manifestent, selon des modalités différentes, chez tout un chacun.
L’élaboration de la lecture clinique que nous proposons résulte d’une conversation à laquelle chaque praticien participe – et non le seul « personnel médico-psychologique » . Car, l’accent mis sur la clinique est un accent plutôt mis sur la cause de la présence en institution du patient que sur le but de cette présence. Or, cet accent mis sur la cause a comme conséquence première de concerner tous les praticiens. On ne voit pas, en effet, à quel moment ou dans quel registre de la pratique institutionnelle le mode de présence et l’action du praticien pourraient être envisagés indépendamment de la rencontre avec un même réel clinique. Le contexte où peut s’amorcer le déplacement vers une forme de traitement moins ravageante de la jouissance ; la circonstance où un sujet peut consentir, peut-être pour la première fois, à s’adresser à un soignant, mais aussi le moment où il faut parer au plus pressé et décider d’une intervention, tout cela n’est pas a priori assignable à tel ou tel intervenant. Chaque praticien est confronté, tôt ou tard, dans des registres de pratique différents, à une clinique qui comporte en tout état de cause un autre statut de la jouissance que celui du refoulement. Chaque intervenant peut être mis en demeure de trouver la réponse ou la modalité de l’énonciation qui conviennent, sans qu’elles soient déductibles de la discipline où il a effectué ses études. C’est moins à un savoir appris qu’à un certain désir qu’il est fait appel.
Dans cette perspective, la question habituelle : « Que faire avec ce patient, comment le faire avancer, comment le mobiliser ? » se renverse en la question « Quel usage fait-il de cette institution dans son parcours ? » ; un renversement qui suppose, bien entendu, d’introduire un certain écart par rapport aux impératifs de « réinsertion sociale » que l’institution se voit imposer ou s’impose elle-même. C’est cet écart qui permet alors que la réalité relationnelle du séjour en institution, faite de plusieurs intervenants et de plusieurs patients, soit prise en compte et devienne elle-même une ressource dans l’accueil et l’accompagnement du sujet. Ainsi, de la conversation clinique élargie à tous les praticiens, des indications peuvent s’en extraire, orientant  les réponses pratiques qui sont à inventer dans les divers, et souvent non prévisibles, contextes de la vie en institution
Le « traitement », loin de se réduire à une somme d’actes techniques spécialisés, séparés de cette réalité relationnelle, se déploie d’abord dans les divers moments et lieux de cette réalité.  Le relationnel est déjà le traitement, ou plutôt est déjà la dimension où, à la lumière d’une orientation prise dans la clinique, non seulement des sources de difficultés, dans les modes de réponse adoptés (par exemple dans des comportements visant à l’épreuve de force ou motivés par une forme de don de soi) peuvent être désamorcées ; mais aussi, où des petites interventions, manœuvres, « pas de cotés », improvisés, non programmés, inventés peuvent se produire et avoir une incidence sur ce que les symptômes ont de ravageant pour un sujet4.  Il est possible qu’ils aboutissent  à une modalité plus compatible avec le lien social, à un changement de régime, de cela même qui est la cause de la présence du sujet en institution, et dont le passage à l’acte a bien souvent été jusque-là la manifestation.
Une supervision  ainsi transformée en réunion clinique n’ira pas non plus sans  avoir un certain effet de rature des savoirs qui sont censés correspondre aux divers diplômes.  Mais il s’agit d’une dé-spécialisation « par le haut », si on peut dire, puisque c’est à la responsabilité face à un même réel que tout un chacun est convoqué.  Loin d’éloigner les participants d’un rapport au savoir, elle a des chances d’introduire, par la construction du cas, par l’examen de ce qui a eu un effet d’impasse ou d’ouverture, par la prise en compte de ce qui s’avère intraitable, à un autre rapport au savoir, qui n’est plus d’application mécanique ou de refus, mais d’élaboration vivante.  Ce qui suppose le surgissement d’un certain transfert qu’on peut légitimement appeler « transfert de travail ».  En effet, même s’il est invité parce qu’il est analyste, ce n’est pas en tant qu’analyste que le superviseur intervient, mais pour le dire avec Lacan quand il parle de l’enseignement, en tant qu’analysant.  Car l’élaboration de ce savoir s’effectue au plus près d’un certain non-savoir central.  Dès lors, ce qui se transfère est essentiellement un travail ! L’expérience montre que la participation à un tel travail peut parfois donner envie aux participants d’en savoir un peu plus et motiver une inscription à la Section clinique.
Mais l’expérience montre aussi qu’elle n’est pas sans avoir, parfois, pour l’un ou l’autre des participants, des répercussions sur ce qui de son expérience la plus intime se présente à lui-même comme opaque.  Il se peut alors que le transfert de travail soit à l’origine d’une question que le sujet se pose à lui-même et qu’il veuille aller la dire à quelqu’un d’autre, supposé pouvoir y répondre.  Il se peut ainsi que la supervision, non pas réponde à un transfert analytique, mais soit l’occasion d’un transfert analytique qui trouvera ailleurs le lieu de son adresse.
Pratiquer des supervisions  ainsi orientées peut alors être considéré comme un des vecteurs de la psychanalyse « en extension ». Et c’est pourquoi nous répondons  presque toujours favorablement à ce type d’invitation.

1 Si, pour reprendre ici les termes de l’Acte de fondation,  « il est constant que  la psychanalyse ait des effets sur toute pratique du  sujet qui s’y engage », les effets psychanalytiques dont elle procède, « (le sujet) se trouve les engendrer au lieu où il a  les reconnaître », soit dans sa propre analyse, et non dans une réunion institutionnelle.  Voir sur ce point, D. Holvoet,  Leçons des pratiques de réunions cliniques au Courtil, Mental n° 24, 2010.
2 J.-A. Miller, « Qu’est-ce qu’une Section clinique ? » Extrait du texte d’ouverture de la Section clinique de Tel-Aviv.
3 La supervision de l’institution n’est souvent pas loin de procéder de l’idée que soigner les patients passe d’abord par soigner les soignants, soit par une forme d’analyse des interactions dans le groupe des soignants et de leur « ressenti ».
4 Nous pouvons en évoquer de multiples exemples, extraits de tous les écrits cliniques produits dans le Champ freudien.

2eme Journée de l’Institut de l’Enfant : l’argument

13-03-23_institut_enfant_afficheL’ENFANT ET LE SAVOIR
2e Journée de l’Institut de l’enfant, samedi 23 mars 2013, Issy-Les-Moulineaux


Les enfants du XXIe siècle font l’objet d’une demande d’éducation de plus en plus pressante de la part des pouvoirs constitués – État, famille, médias -, et, à la mesure de ces impératifs, produisent en retour des échappées que nous pouvons répartir avec Freud comme « inhibition, symptôme et angoisse ».
Les praticiens de l’enfance, qui s’orientent à divers titres de la psychanalyse, sont quant à eux sollicités pour prendre position et « desserrer l’étau » qui pèse sur les sujets au temps de l’enfance. Pour ce faire, ils ne proposent aucune expertise supplémentaire, ils cherchent avec l’enfant comment trouver du nouveau dans les savoirs « pour tous » qu’il rencontre et dans le savoir le plus singulier qu’il construit.
La seconde Journée de l’Institut de l’Enfant – Université Populaire Jacques-Lacan – déclinera cette thématique selon quatre axes dont l’intervention de J.-A. Miller*, lors de la première Journée du 19 mars 2011, a tracé les perspectives.

1 – L’enfant enjeu de pouvoir
« L’enfant c’est le sujet à éduquer (…) L’enfant est par excellence le sujet livré au discours du Maître par le biais du savoir. (…) Nous assistons à ceci, qui est croissant : une concurrence des savoirs, une rivalité des traditions, une lutte des transmissions, qui se donnent à qui mieux mieux pour déterminer quel savoir l’emportera sur l’autre dans la production des sujets. (…) »
À partir de ce statut qui aujourd’hui s’affiche sans médiation, comment faire accueil à cet enfant toujours plus réduit à son éducation, éducation elle-même résumée aux seuls apprentissages scolaires ? Quels pas de côté cet accueil nécessite-t-il au regard de discours de plus en plus normés, formatés, et de demandes d’obéissance, de consentement à cette norme ?


2 – La mise de l’enfant face au savoir

« Pour que le sujet puisse recevoir une marque identitaire, il faut que la jouissance de l’enfant soit décomplétée, qu’elle subisse une perte. L’image traditionnelle de l’enseignement, c’est celle du nourrissage. (…) La transmission du savoir exige toujours qu’il lâche ce qui lui appartient en propre, qu’il se purifie du déchet qu’il contient. (…) La voix et le regard ne sont pas moins impliqués dans le rapport de l’enfant au savoir. »
Il s’agit d’examiner la mise de l’enfant, sa mise libidinale, dans les lieux où il rencontre les savoirs. Quelle sera sa prise de position face à la demande de l’autre ? Avec quoi va-t-il répondre ? Quels sont les ressorts du refus et du désir d’apprendre ?

3 – Le respect du savoir de l’enfant
« Il revient à l’Institut de l’Enfant de dégager dans l’éducation la fonction que tient le désir de l’Autre. (…) de restituer la place du savoir de l’enfant (…) Le savoir de l’enfant est savoir authentique, qu’il soit su ou insu, et c’est à ce titre qu’il s’inscrit dans le discours analytique (…) un savoir respecté dans sa connexion à la jouissance. »
L’enfant a un savoir, déjà élaboré à partir des impasses qu’il rencontre et des solutions qu’il trouve. Quel est ce savoir dont Freud a fait apercevoir ses racines pulsionnelles ? Pour qu’il se fasse entendre, pour qu’il s’inscrive pour le sujet, il y faut à chaque fois quelqu’un pour en faire le pari, pour en suivre la trace dans le discours du sujet. Oui, mais comment ? Lacan nous donne une indication précieuse : là où le sujet se cogne, là où il se heurte…

4 – L’action curative n’est pas une éducation
« Nous accueillons dans la psychanalyse des sujets traumatisés par le savoir de l’Autre, et par son désir et par sa jouissance, lesquels savoir, désir et jouissance de l’Autre ont pris, pour certains enfants,valeur de réel. (L’analyste) ne peut opérer avec l’enfant qu’à condition de n’être serf d’aucun conformisme Le savoir du psychanalyste (…) c’est celui qui a à s’élucubrer (…) au plus près de la mise en place originelle, originale du symptôme (…).
Parce qu’elle ne vise pas à éduquer l’enfant à une quelconque norme psychique ou sociale, la cure analytique est profondément originale car elle vise la singularité d’un sujet. L’appui sur le symptôme devient alors la boussole qui permet de susciter du nouveau – découvertes, inventions et bricolages -, hors de toute orthopédie psychologique. Les idéaux du développement ne tiennent plus la route et ces profondes mutations appellent une autre perspective sur la cure psychanalytique avec un enfant : celle de cycles, avec leurs limites temporelles et structurales, qui viennent répondre à « ce que Lacan a appelé le sinthome, (…) le circuit de répétition, un cycle de savoir-jouissance qui se déclenche à partir d’un événement de corps ».

*Les citations sont extraites du texte de J.A. Miller « L’enfant et le savoir », Peurs d’enfants, Navarin éditeur, Paris, 2011.

Nous vous invitons à adresser vos propositions d’intervention à la prochaine Journée de l’Institut de l’Enfant sous la forme d’un argument ou d’un texte à partir d’un des axes proposés, avant le 30 novembre. Arguments ou textes sont à envoyer à : Judith Miller judithm@champfreudien.org et Éric Zuliani eric.zuliani@wanadoo.fr
Pièces jointes et objet du mail porteront la mention suivante : JIE 2013 et votre nom.
Contact : journee.institut.enfant@gmail.com
Blog : http://jie2013.blogspot.fr

introduction aux simultanées de pipol 6

13-07_eurofederation_pipol6_200pxLe cas, l’institution, et mon expérience de la psychanalyse

Introduction aux simultanées cliniques de PIPOL 6

Gil Caroz

Le terme institution recouvre une large gamme de choses. Dans le champ de la Santé mentale – qui nous concerne, mais duquel nous nous distinguons –, la série disparate des institutions s’étend de l’hôpital psychiatrique, aux institutions pour enfants, centres  de santé mentale, de postcure, de traitement monosymptomatique, d’hébergement et d’observation judiciaires, etc. Notons par ailleurs que le terme institution sert aussi à nommer des lieux de formation à la psychanalyse : nos Écoles et les structures qui les entourent répondent de la « chose institutionnelle ». On constate que ce terme indique un élément de la structure présent dans des discours variés : politique, médical, social, juridique, et aussi bien dans le discours de la psychanalyse.

Le recours à l’étymologie du mot, qui renvoie à la « chose établie » mais aussi à « l’instruction », ne nous est pas vraiment nécessaire pour reconnaitre dans l’institution une manifestation du discours du maître. Tout compte fait, l’ancien paradigme de l’institution est l’Œdipe familial dans ses deux versants : le versant des exigences et des idéaux du père, et le versant des soins maternels1. Néanmoins, en épinglant le monde contemporain par l’expression Après l’Œdipe, Jacques-Alain Miller nous conduit à élargir notre grille de lecture des institutions, pour y inclure d’autres « formations humaines » qui ont comme essence, dixit Lacan, la double fonction de « refréner la jouissance »2 et de la relancer à répétition comme un refrain. Après l’Œdipe d’autres éthiques sont venues orienter les institutions, suppléant à la fragilisation du lien familial et occupant la place vacante laissée par le père : le pacte des frères, le savoir et la science, le scientisme, le contrat social, l’utopie communautaire, le despotisme, etc. Dans ce nouveau paysage institutionnel, les cas les plus heureux sont ceux qui se laissent orienter par la psychanalyse.

 

De la possibilité de conjuguer la psychanalyse et une institution

La question du mode de présence de la psychanalyse dans une institution sociale, pédagogique ou de soins de santé mentale est aussi vieille que la psychanalyse elle-même. Dans le Champ freudien, cette question est étudiée depuis de longues années et plusieurs orientations intéressantes ont été élaborées. Pour n’en citer que quelques-unes, les effets contreproductifs de l’identification à l’analyste au sein d’une institution ont été largement décrits. Le transport du divan de l’analyste dans l’institution, au sens propre et figuré, semble être contre-indiqué. Un intérêt centré sur la lecture du réel de la clinique est une démonstration en acte de l’efficacité de la psychanalyse. Il met le patricien à l’abri des concurrences imaginaires entre les orientations cliniques. On parle volontiers d’une pratique à plusieurs comme mode de « traitement de l’Autre » du psychotique.

Quelles que soient les découvertes issues de ce travail de recherche, il faut noter trois points. Premièrement, un grand nombre d’adhérents à l’EuroFédération, orientés par la psychanalyse lacanienne, sont présents et opèrent dans des institutions de Santé mentale, abris sociaux, institutions du juge, écoles, etc. C’est un fait. Deuxièmement, ce fait est primordial pour la survie d’une psychanalyse qui n’est pas extraterritoriale. Troisièmement, et c’est le point que nous voulons expliciter lors des simultanées de PIPOL 6, on s’aperçoit que le praticien qui a l’expérience de la psychanalyse a très souvent un rapport juste et un savoir-faire inédit avec le réel de la clinique. Cette particularité est absente quand le praticien n’a pas cette expérience. Cette justesse et ce savoir-faire apparaissent quand le praticien rend compte d’un cas, même si cela se passe à son insu et qu’il a l’impression de « ne rien comprendre ».

Du discours et de lalangue en institution

On constate, dans les institutions qui laissent place à la psychanalyse, que l’orientation passe par un effort de bien dire, mieux dire, dire autrement. À la place de « il vole tout le temps », on préfère : « il décomplète l’Autre ». À la place de « il est très violent », on préfère : « il passe souvent à l’acte », le passage à l’acte étant une parole qui passe dans le « faire » faute de pouvoir se dire. À la place de « il cherche à attirer l’attention », on préfère : « il est en place du phallus maternel ». À la place de « tu n’as pas le droit », on préfère un « nous n’avons pas le droit ». À la place de « c’est un manipulateur », on préfère : « il échappe à la volonté de l’Autre méchant ». À la place de « il est hyperactif », on préfère : « la jouissance lui fait retour dans le corps ».

Cet effort d’arracher le discours ambiant de l’institution aux coordonnées imaginaires, éducatives ou « scientifiques » de l’événement clinique aux fins de le localiser dans la structure, n’est pas un simple humanisme de bonnes intentions car, quand on dit les choses autrement, on les modifie. À la longue, ces formules deviennent un langage institutionnel qui détermine une politique de l’institution face au réel de la clinique. En même temps, un praticien qui a l’expérience analytique réinvente à chaque fois, en fonction du cas, un bien-dire inédit, qui se décale du langage institutionnel commun quel qu’il soit.

D’où vient cette capacité d’invention ?

C’est que de faire la lecture de sa propre lalangue dans son expérience analytique, le praticien est aussi bien disponible à lalangue d’un autre. Lors des échanges avec le sujet concernant les événements institutionnels ou tout autre thème, le praticien-analysant lit dans la narration du sujet ce qui est écrit au-delà de l’écran de ce langage, là où « la fonction de vérité est en quelque sorte amortie, par quelque chose de prévalent »3. Cette lecture du langage le plus privé du sujet permet au praticien de répondre de façon inventive, au-delà du langage institutionnel.

 

L’institution comme canevas de la lettre

Lacan souligne que quand un sujet nous parle de « papa – maman » et de ses autres liens de parenté, en fait c’est de lalangue qu’il s’agit, car « l’analysant ne parle que de ça [de ses liens de parenté] parce que ses proches parents lui ont appris lalangue »4. Or, lire lalangue ne nécessite pas toujours cet effort de traverser la narration du sujet, puisqu’à l’occasion lalangue est à ciel ouvert. Dans ce cas, le praticien s’immisce dans cette lalangue en participant et encouragent le sujet à élaborer un travail de la lettre, sans insister à comprendre ni se précipiter à plaquer un sens sur ce langage privé. Tous les éléments de la structure institutionnelle sont à disposition pour mettre en œuvre ce travail de la lettre : les espaces, les couloirs, les bureaux, les portes, les véhicules, le jardin, les activités, les ateliers, les autres praticiens, les documents administratifs, les titres du « personnel », les règles, etc. Ce partenariat « sujet-praticien » peut alors dessiner des circuits pulsionnels et y circuler, border une jouissance affolée qui éclabousse les alentours, pluraliser un Autre persécuteur et trop consistant, condenser hors corps une jouissance qui envahit le sujet, faire une rencontre d’un essaim de signifiants qui permettent au sujet de s’engager dans la voie d’un sinthome singulier. Ce travail de la lettre enrichit lalangue et vient suppléer à un défaut d’apprentissage, car lalangue, cette « langue maternelle »5, s’apprend.

De la langue privée à la langue publique

Mais il n’y a pas que la lettre. Dans d’autres cas, le lien de travail se tisse par un arrachement du sujet à la dimension autistique de sa lalangue, afin de la verser dans le langage. Cette opération, qui va de la langue privée, vers le langage public est une application du principe lacanien concernant les enfants autistes : « il y a sûrement quelque chose à leur dire »6. Ce principe est ainsi élargi au-delà de l’autisme stricto sensu vers la dimension autistique de tout sujet. Il s’agit justement de parler avec ce qui ne s’adresse pas à l’Autre, en introduisant lalangue dans le dialogue. Le patricien soumet alors au sujet l’hypothèse d’un Autre du code. Le sujet dit : « aïne né ka la audornuit ? », et le patricien lui répond : « mais si, Nadine est là aujourd’hui, elle est dans la cuisine ». La substance institutionnelle ne sert pas ici de canevas pour tracer la lettre, mais offre une matière à la construction d’un Autre. Le praticien s’inscrit ainsi dans le sillon de Mélanie Klein éclairée par Lacan qui pouvait dire que dans son rapport au petit Dick, elle « lui fout le symbolisme avec la dernière brutalité »7.

Un élément majeur dans cette construction de l’Autre est la réunion d’équipe. Tel Freud incarnant l’Autre d’un transfert au-delà du père du Petit Hans, la réunion d’équipe opère comme un au-delà du praticien auquel ce dernier peut se référer. Si toute séance analytique implique la présence de l’Autre du langage comme tiers, au-delà de la relation duelle, le « on en a parlé en réunion » ou « on en parlera en réunion », donne souvent la consistance nécessaire à ce tiers dans le travail institutionnel. Ce lieu d’au-delà où la parole s’incarne dans plusieurs voix qui s’échangent, allège le poids du rapport imaginaire entre le praticien et le résident, forgeant dans les certitudes une forme de dialectique.

Avoir l’expérience de la psychanalyse

Il faut avoir l’expérience de la psychanalyse, avons-nous dit, pour lire lalangue. D’abord la sienne, ensuite celle d’un autre. Il faut aussi faire l’expérience de sa propre jouissance, de la façon où elle s’élève partiellement au signifiant, se réitère, se borde, se localise, se condense pour pouvoir la manier dans la rencontre avec l’autre, sans passer par le père, la castration, la justice, la morale. Il faut passer par le divan pour savoir intimement que le semblant a des effets réels, même s’il n’est que vérité et mensonge. Il faut se laisser faire par cette expérience pour donner aux idéaux d’une institution la place qui leur revient, c’est-à-dire, s’en passer et s’en servir à la fois.

Pourtant, si l’institution est « chose établie » le savoir-faire du praticien est tout, sauf établi. Tant que l’analyse n’est pas finie, ce savoir ne se sait pas, mais néanmoins il transperce aussi bien le savoir qui s’élabore dans l’institution que la doctrine psychanalytique en général. De ce savoir qui ne se sait pas et qui est pourtant opérant dans le travail en institution quand on a l’expérience de la psychanalyse, un jeune AE8 écrivait récemment : « Ce qui me surprend à chaque fois, c’est un sentiment de n’avoir pas su dire l’essentiel. Comme si au cœur de ce que nous racontons de notre clinique, de nos recherches, de nos avancées, se loge un indicible, un petit quelque chose qui vaut comme un noyau invisible, une cause intransmissible, condition pour que cette clinique puisse se déployer ».

Eh bien, le projet audacieux des simultanées de PIPOL 6 sera d’approcher, par des dires, ce point indicible, en mettant en évidence le triangle qui se forme entre le cas, l’institution et l’expérience de la psychanalyse du praticien. Des praticiens analysants, qu’ils soient analystes ou pas, parleront à partir d’un cas, de la façon dont ils ont pu s’appuyer sur leur propre expérience de la psychanalyse pour lire lalangue, la soutenir, la verser dans le langage public et manier le discours de l’institution pour extraire et soutenir les solutions inventives du sujet.

 

1 LAURENT E., « Institution du fantasme, fantasmes de l’institution », Feuillets du Courtil, n°4, avril 1992.

2 LACAN J., « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autre écrits, Seuil, Paris, 2001, p. 364.

3 LACAN J., Séminaire XXIV, L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre, 19/04/1977, Ornicar ? 17/18.

Ibid.

5 LACAN J., « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines », Scilicet 6-7, Paris, Seuil, 1976, p. 14.

6  LACAN J., « Conférence à Genève sur le symptôme »  (1975), in Bloc-notes de la psychanalyse, n° 5, 1985.

7  LACAN J., Le séminaire livre I, Les écrits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p.81.

8 Bruno de Halleux.