L’argument et le programme des Leçons 2017-2018

2017-2018_affiche_lipLES LEÇONS D’INTRODUCTION

À LA PSYCHANALYSE 2017-2018

 

POURQUOI ON FAIT UNE PSYCHANALYSE

 

Ces leçons forment un module indépendant de la session annuelle de la Section Clinique de Nantes. Neuf leçons destinées aux étudiants des cursus universitaires en médecine, psychologie, philosophie, etc., ainsi qu’aux étudiants des écoles d’éducateurs, d’orthophonistes, d’infirmiers, d’assistants sociaux, etc. Ces leçons sont ouvertes à tous ceux qui souhaitent une première découverte de la clinique et de la théorie psychanalytique, et sont aussi proposées à ceux qui s’inscrivent pour la première fois à la session annuelle de la Section Clinique de Nantes.

Françoise Pilet, Remi Lestien et Éric Zuliani en assureront l’enseignement.

CCC

L’argument

La psychanalyse vous permettrait d’espérer assurément de tirer au clair l’inconscient dont vous êtes sujet – J. Lacan

Lors de la vacillation d’une identification essentielle à votre existence, ou lors de l’irruption d’une jouissance insupportable dans votre vie amoureuse ou au travail, vous pouvez être pris dans le déclenchement d’un désordre qui vous exclut du lien social ou dans l’éclosion de symptômes invalidants. Qu’il s’agisse de la répétition d’une même impasse, des diverses inhibitions devant l’acte, ou de l’apparition d’une angoisse insupportable, il ne manque pas de bonnes âmes pour distribuer bons conseils, techniques variées de conditionnement ou médicaments… Ce sont toujours des pis- allers qui vous laissent, au bout du compte, encore plus désemparé. Pourquoi ?

L’apport majeur de la psychanalyse est de considérer que chez l’être parlant, tous les troubles sont en fait des constructions subjectives bien réelles, qui recèlent une vérité. Et ce sera l’effet d’une parole vraie de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes. Avec “Fonction et champ de la parole et du langage”, Lacan vise à rendre explicite les fondements de l’expérience analytique et s’attache à débrouiller ce que parler veut dire. Expérience de parole, exercice de responsabilité, la psychanalyse ne recule pas devant les impasses croissantes de la civilisation et redonne à tout individu qui le souhaite les moyens de vérifier qu’être écouté par quelqu’un a des effets sur son existence, dont on peut rendre compte logiquement.

CCC

Le programme

Chaque leçon prendra appui sur une partie de “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse” in J. Lacan, Écrits, Seuil, 1966, p. 237 à 322.

1 – Une psychanalyse est une expérience de parole – p. 237 à 247.

2 – Ce que parler veut dire – p. 247 à 254.


3 – Avoir des symptômes – p. 254 à 265.


4 – R3 : Rater Rêver Rire – p. 266 à 271.

5 – Quelle est cette loi qui guide notre existence ? – p. 271 à 279.

6 – Quel est le sujet d’une analyse ? – p. 279 à 289.


7 – Le désir et son interprétation – p. 289 à 298


8 – Le but de l’analyse : une parole vraie – p. 298 à 310.

9 – Le temps d’une psychanalyse – p. 310 à 322.

CCC

Télécharger l’argument et le programme

CCC

CCC

CCC

CCC

Contre Marine Le Pen et le parti de la haine

17-03-13_petition_contre_le_pen_vignetteCONTRE MARINE LE PEN ET LE PARTI DE LA HAINE
APPEL DES PSYCHANALYSTES

Pour lire et signer la pétition, cliquez ici

CONTRE MARINE LE PEN ET LE PARTI DE LA HAINE

APPEL DES PSYCHANALYSTES

Le Front dit national réduit la nationalité aux ancêtres. Il en fait, non un choix de tous les jours, mais un héritage archaïque. Il est l’avatar actuel du séculaire courant contre-révolutionnaire qui naquit jadis de l’hostilité aux Lumières, gloire de la France. Ce courant d’idées a déjà été au pouvoir : ce fut, sous l’occupation nazie, l’aventure de la collaboration. Qui est tenté par une seconde expérience ignore la nature abjecte de la première.

L’élection à la présidence de la République aura lieu les 23 avril et 7 mai. Les élections législatives se tiendront les 11 et 18 juin. Depuis plusieurs mois, tous les sondages d’opinion placent Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle. Nul ne peut exclure qu’elle l’emporte au second. Chaque jour nous entendons des voix que cette éventualité effraye, angoisse, indigne, révolte.

 

L’IDÉOLOGIE LEPENISTE MENACE LES LIBERTÉS PUBLIQUES.

ELLE EXACERBE LES TENDANCES QUI PORTENT À L’EXCLUSION, LA HAINE ET L’AFFRONTEMENT.

 

Dans un contexte européen et mondial qui voit s’étendre l’exploitation nationaliste des insatisfactions populaires, l’élection de Mme Le Pen fracturerait notre société, avec des conséquences désastreuses.

 

De fait, la possibilité même de notre exercice professionnel est mise en cause. Pas de psychanalyse digne de ce nom dans l’État de Droit, sans la liberté d’opinion et celle de la presse, sans la respiration et la dynamique d’une société ouverte.

 

C’EST POURQUOI NOUS SORTONS DE NOTRE RÉSERVE EN MATIÈRE POLITIQUE

POUR APPELER NOS CONCITOYENS À VOTER AVEC NOUS

CONTRE LES PARTISANS DE LA HAINE.

 

Paris, le 13 mars 2017.

CCC

CCC

CCC

CCC

CCC

Le déroulement de la session 2016-2017

SCN Affiche session 2016-2017-web-150PXLE DÉROULEMENT DE LA SESSION 2016-2017

CCC

lacan_seminaire_8_couverture - copieCCC

CCC

CCC

CCC

CCCC

CCCCC

CCC

CCC

Huit sessions mensuelles de novembre à juin, plus un samedi consacré à la Conversation.

CCC

• Les enseignements ont lieu de 9 à 18 h, le samedi.
 De 9 à 11 h, le séminaire théorique ; de 11 à 12 h et de 13 à 14 h, le séminaire d’élucidation des pratiques ; de 14 à 16 h, le séminaire de textes ; de 16 à 18h, la conférence (trois fois dans l’année).

• La journée de la Conversation se déroulera de 10h à 12 h et de 14h30 à 16h30

.

Les dates : 

La Session : les 26 novembre, 17 décembre 2016 ; 14 janvier, 4 février, 4 mars, 1er avril, 6 mai, 24 juin 2017.

La Conversation : le 17 juin 2017.

CCC

Les lieux :

La Session : École Nationale Supérieure d’Architecture (ENSA), 6 Quai François Mitterrand, Nantes.

La Conversation : ADELIS – Espace Port Beaulieu, 9, boulevard Vincent Gâche, Nantes.

CCC

Le travail en petits groupes (“cartels”)

Pour étudier des textes parfois complexes, il est souvent plus fécond de le faire à plusieurs. La Section Clinique de Nantes aidera les participants qui le souhaitent à se rencontrer pour former des petits groupes, dits “cartels” : entre trois et cinq se réunissent, et font appel à un autre, le “plus-un”, qui comme eux travaille les textes, mais de plus veille au questionnement de chacun.

Les cartels ainsi constitués pourront se déclarer à l’École de la Cause freudienne s’ils le désirent — se déclarer auprès de ce tiers permet d’adresser son travail en dehors du groupe, et de contrer les effets de colle et de dissensions imaginaires qu’implique tout groupe.

.

Le séminaire théorique

De 9 h à 11 h.

Des enseignants proposent leur lecture du Séminaire VIII, Le transfert.

Lire le programme du séminaire théorique

CCC

Les séminaires d’élucidation des pratiques

De 11 h à 12 h et 13 h à 14 h.

Comme pour les séminaires de textes, les participants sont répartis en plusieurs groupes.

.

Ce sont des séminaires d’entretiens sur la pratique, qui se déroulent à partir de séquences, de cas ou de points d’achoppements présentés par les participants ou les enseignants. Le thème de cette année les orientera.

CCC

Ces séminaires d’élucidation clinique s’intéressent bien sûr à la psychanalyse et aux différentes psychothérapies, mais aussi, par exemple, aux pratiques des médecins, des infirmiers, des éducateurs, psychomotriciens, orthophonistes, assistants sociaux, enseignants, etc.

Toutes peuvent relever d’un abord clinique, dans la mesure où elles ont affaire à des sujets : la clinique de la pratique, c’est la clinique des réponses que le sujet y apporte.

Poser que le sujet répond, plutôt que de dire qu’il réagit à la pratique, c’est d’abord mettre l’accent sur sa position, et en fin de compte sur sa position dans la structure : névrotique, perverse ou psychotique. C’est aussi, puisque toute réponse s’entend entre refus et consentement, en signifier la dimension éthique. Et enfin, c’est souligner que le sujet ne fait pas que mobiliser ses défenses, mais qu’il élabore des constructions et fait des trouvailles : la clinique authentique ne se résorbe pas dans le déficit.

L’élucidation des pratiques, à travers les séquences, les cas et les points d’achoppements présentés, vise la mise en lumière du sujet comme réponse. Il est permis d’espérer que du même coup la pratique en soit éclairée.

CCC

Les séminaires de textes

De 14 h à 16 h.

À chaque séance, deux participants, aidés par un enseignant, posent quelques questions sur les textes proposés, à partir desquelles la discussion s’engage. Les textes proposés sont, d’une part, les chapitres du Séminaire VII au programme du séminaire théorique, de l’autre un texte ou des extraits de textes qui ont un lien avec ce que Lacan avance. Comme pour les séminaires d’élucidation des pratiques, les participants sont répartis en plusieurs groupes.

Lire le programme des séminaires de textes

CCC

Les conférences

De 16 h à 18 h.

Ce sont des conférences cliniques qui traiteront du thème de l’année.

Les conférenciers :

Sonia Chiriaco, psychanalyste à Paris, membre de l’ECF et de l’AMP.

Laurent Dupont, psychanalyste à Mantes-La-Jolie, Analyste de l’École en exercice, membre de l’ECF et de l’AMP.

Anna Aromi, psychanalyste à Barcelone, membre de l’ELP et de l’AMP.

CCC

Le module des présentations cliniques

Une équipe soignante propose à un psychanalyste de rencontrer un patient. Qu’attendre de cette rencontre ? La surprise est souvent au rendez-vous. Pour le malade, c’est une occasion, rare, de venir témoigner de ce qui, pour lui, est un “impossible à supporter”. Pour l’équipe soignante, des éclairages nouveaux peuvent être apportés sur certaines butées que rencontre la prise en charge. De même, des questions concernant les modalités de la stratégie thérapeutique sont soulevées. Pour les participants et le psychanalyste, tout en se laissant enseigner par les propos du malade, ils peuvent chercher à se repérer au plus près de la structure.

Une présentation clinique a lieu régulièrement dans un service psychiatrique à Nantes.

CCC

Les présentations ont lieu le 3ème mardi de chaque mois, de 14h à 16h, dans un service de psychiatrie adulte de l’hôpital Saint-Jacques à Nantes.

CCC

La participation au module fait l’objet d’une inscription (voir dans le bulletin d’inscription à la Session), qui vaut engagement à respecter le secret médical, à être présent (à 13h45) tout au long de l’année, et à participer aux conversations du module.

CCC

La journée de la Conversation

Chaque année nous organisons une Conversation de la SCN.

Elle fait partie du programme de la session mais elle constitue un moment différent des huit samedis où se déroulent séminaires et conférences. La conversation s’organise selon un autre dispositif : quatre séquences, deux le matin de 10h à 12 h, deux l’après-midi de 14h30 à 16h30 ; grande table centrale autour de laquelle sont assis la journée entière auteurs, discutants, et enseignants. Disposition concentrique de plusieurs rangées de chaises, chacun pouvant questionner les textes.

Son principe est le suivant : quatre textes cliniques, dont les auteurs sont des participants, sont envoyés 8 jours à l’avance à tous. Chaque texte, lu avant la Conversation, est présenté par un premier participant pour en rappeler la logique et souligner quelques traits du cas ; l’auteur lui répond. Puis un second, un discutant, pose une ou plusieurs premières questions. La conversation, une heure pour chaque cas, est animée par un collègue invité en tant qu’extime, enseignant venant d’une autre section clinique.

Ces quatre cas cliniques sont issus de lieux divers : cabinets, centres de consultation relevant de dispositifs variés (CMP, centre de consultation pour étudiants), institutions de soins, ou CPCT (Centre Psychanalytique de Consultations et de traitement), dispositif conçu par l’ECF pour répondre à la précarité de l’époque contemporaine.

En effet, la psychanalyse peut s’appliquer à des pratiques diversifiées ; si la psychanalyse est sans standards, elle n’est pas sans principes. Cette politique s’autorise des concepts lacaniens de l’acte analytique, du discours analytique, et de ce qui s’enseigne de la conclusion de l’analyse.

Cette année Guy Briole, psychanalyste à Paris, membre de l’ECF et de l’AMP, sera notre invité extime.

CCC

CCC

CCC

CCC

CCC

La session annuelle 2016-2017

SCN Affiche session 2016-2017-web-150PXLa session annuelle 2016-2017 :

L’AMOUR DANS LA PSYCHANALYSE

La psychanalyse enseigne sur l’amour, car l’amour est son ressort. Souvent inconscient, cet amour que l’analysant porte à l’analyste, c’est le transfert. Dans l’artifice de la situation analytique, il a la même étoffe que l’amour vrai : l’amour s’adresse à celui dont le sujet pense qu’il connaît sa vérité. Aimer vraiment quelqu’un, le croire, c’est donc croire qu’en l’aimant on accédera à une vérité sur soi. Ainsi nous aimons celui ou celle dont nous supposons qu’il recèle la réponse, ou une réponse, à notre question – Qui suis-je ? L’amour imagine que cette vérité serait agréable, aimable – en fait, elle est difficile à supporter : la psychanalyse nous apprend qu’à l’horizon du désir, il y a la Chose, innommable, Das Ding. C’est la tromperie de l’amour. (…) Lire la suite du thème de l’année

CCC

Huit sessions mensuelles de novembre à juin, plus un samedi consacré à la Conversation.

CCC

• Les enseignements ont lieu de 9 à 18 h, le samedi.
 De 9 à 11 h, le séminaire théorique ; de 11 à 12 h et de 13 à 14 h, le séminaire d’élucidation des pratiques ; de 14 à 16 h, le séminaire de textes ; de 16 à 18h, la conférence (trois fois dans l’année).

• La journée de la Conversation se déroulera de 10h à 12 h et de 14h30 à 16h30.

Lire le déroulement de la Session

CCC

CCC

logo_facebookLa session sur Facebook

 CCC

CCC

CCC

CCC

CCC

CCC

Le thème de la session 2016-2017

SCN Affiche session 2016-2017-web-150PXLe thème de la session annuelle 2016-2017 :

L’AMOUR DANS LA PSYCHANALYSE

lacan_seminaire_8_couverture - copieNous nous appuierons sur une lecture du Séminaire, livre VIII, Le transfert, de Jacques Lacan,

Seuil éditeur, deuxième publication 2001, texte établi par Jacques-Alain Miller.

CCC

CCC

Télécharger le thème de l’année

L’amour dans la psychanalyse

La psychanalyse enseigne sur l’amour, car l’amour est son ressort. Souvent inconscient, cet amour que l’analysant porte à l’analyste, c’est le transfert. Dans l’artifice de la situation analytique, il a la même étoffe que l’amour vrai : l’amour s’adresse à celui dont le sujet pense qu’il connaît sa vérité. Aimer vraiment quelqu’un, le croire, c’est donc croire qu’en l’aimant on accédera à une vérité sur soi. Ainsi nous aimons celui ou celle dont nous supposons qu’il recèle la réponse, ou une réponse, à notre question – Qui suis-je ? L’amour imagine que cette vérité serait agréable, aimable – en fait, elle est difficile à supporter : la psychanalyse nous apprend qu’à l’horizon du désir, il y a la Chose, innommable, Das Ding. C’est la tromperie de l’amour.

Comme l’indique Lacan, « par la seule supposition, je dirai, objective de la situation analytique, c’est déjà dans l’autre que petit a, l’agalma, fonctionne. (…) Du fait seul qu’il y a transfert, nous sommes impliqués dans la position d’être celui qui contient l’agalma, l’objet fondamental dont il s’agit dans l’analyse du sujet, comme lié, conditionné par ce rapport de vacillation du sujet que nous caractérisons comme constituant le fantasme fondamental (…) C’est un effet légitime du transfert. »1 Dans Le Banquet de Platon, sur lequel Lacan s’appuie pour élaborer le concept du transfert, Alcibiade fait une confession publique ; devant tous, devant le tribunal de l’Autre, est dévoilé « le secret le plus choquant, le dernier ressort du désir, qui oblige toujours dans l’amour à le dissimuler plus ou moins – sa visée est la chute de l’Autre, A, en autre, a. » 2 Deux années plus tôt, Lacan avait déjà avancé que « dire à quelqu’un je vous désire, c’est très précisément lui dire Je vous implique dans mon fantasme fondamental ».3 C’est ce que l’amour essaie de cacher.

Dans le Séminaire VIII, Lacan met en valeur l’agalma dans le transfert. Cet objet caché, si déterminant, n’a pas de consistance signifiante. L’agalma est la version merveilleuse de l’objet, mais parfois c’est sa version de déchet, palea, versant de haine du transfert négatif, qui inaugure l’analyse. Dans le Séminaire IX sur l’identification, Lacan poursuit son élaboration concernant l’objet. Il procède à la signifiantisation de l’identification freudienne, l’arrache à l’imaginaire pour la qualifier d’identification symbolique. Puis, dans le Séminaire X sur l’angoisse, il oppose à ce grand I de l’idéal l’objet a, dès lors conceptualisé comme élément de jouissance appartenant au registre du réel. Lacan peut dire que « seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir » et accentuer que « désirer l’Autre, grand A, ce n’est jamais désirer que a »4. Il relit ensuite la distinction freudienne entre amour et hypnose – l’hypnose superpose I, l’Idéal de l’identification symbolique, à l’objet a – pour en déduire la fonction de l’analyste. Non seulement l’analyste n’a pas à s’identifier à l’Autre de l’amour, il doit en déchoir ; mais avant tout le ressort fondamental de son opération est de maintenir la distance entre I et a, l’élément séparateur. Il fait de l’analyse l’inverse exact de l’hypnose5.

Déjà, dès 1960, dans « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine », Lacan avait distingué deux formes de l’amour : « Si la position du sexe diffère quant à l’objet, c’est de toute la distance qui sépare la forme fétichiste de la forme érotomaniaque de l’amour »6. Derrière ce mot, amour, il faut donc entendre le liebe freudien, c’est-à-dire amour, désir et jouissance réunis en un seul mot7.

Douze années plus tard, dans le Séminaire XX, Encore, il démontrera que la position féminine témoigne d’une limite qui n’est pas de l’ordre de la structure ; elle est contingente et dépend de la rencontre, elle dépend donc de l’amour. Côté homme, le rapport à la limite est de structure, c’est-à-dire lié à la borne phallique, et la jouissance fétichiste ne nécessite pas la parole. Quand l’amour est présent, il peut servir à voiler a. Côté femme il est d’amour.8 En effet, la jouissance supplémentaire que Lacan attribue au côté femme a deux faces. D’un côté il y a la jouissance du corps, diffuse, non limitée à l’organe phallique, et le déborde ; de l’autre, il y a la jouissance de la parole, jouissance présente dans le signifiant comme tel. L’amour est une composante essentielle de l’objet érotomaniaque. C’est pourquoi une femme met souvent son partenaire au pied du mur de lui parler d’amour.

La jouissance est autistique, tant du coté féminin que masculin. Le partenaire fondamental du sujet reste donc la solitude. La solitude est donc, différemment chez les hommes et chez les femmes, assurée à chacun – sauf à trouver chez un partenaire son symptôme comme moyen de jouissance. Il n’y a pas de rapport sexuel ne veut donc pas dire qu’il n’y a pas de relations sexuelles, mais que le rapport à l’autre sexe comme tel n’existe pas ; qu’il est lié à la contingence de la rencontre, où l’amour peut venir le recouvrir, ou le suppléer. L’amour se définit alors par la rencontre chez le partenaire des symptômes, des affects, de tout ce qui marque chez lui et pour chacun la trace de l’exil du rapport sexuel. Il se crée une communauté de symptômes. L’amour permet donc de sortir d’une solitude radicale, et ainsi il favorise le lien social. Les femmes plus que les hommes y sont sensibles, et cela peut aller jusqu’au ravage. Puisque même dans la jouissance sexuelle il y a un chacun pour soi pulsionnel, la question de l’amour peut se formuler ainsi : « de quoi es-tu en train de se jouir lorsque tu m’aimes ? »

Notons enfin avec Lacan, que « la croire, une femme, est un état, Dieu merci, répandu – cela fait de la compagnie, on n’est plus tout seul, et en cela l’amour est précieux. »9 Mais posons une question aux sujets analysés : que devient la dimension de l’amour, lorsque le sujet analysé ne s’oriente plus à partir du fantasme, c’est-à-dire de l’être et du symptôme comme question, et donc recélant encore une vérité ; mais à partir du sinthome, ce reste de jouissance singulier qui, comme tel, n’est plus une question mais une réponse de l’existence ?

 

 

Bernard Porcheret

 

 

 

 

 

1 – J. Lacan, Le Séminaire, livre VIII, Le transfert, Paris, Seuil, deuxième publication, juin 2001, texte établi par Jacques-Alain Miller, p. 233-234.

2 – Op. cit., p. 214.

3 – J. Lacan, Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, Éditions de La Martinière et le Champ Freudien Éditeur, Paris, 2013, texte établi par Jacques-Alain Miller, p. 53.

4 – J. Lacan, Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Seuil, Paris, 2004, texte établi par Jacques-Alain Miller, p. 209.

5 – J. Lacan, Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973, texte établi par Jacques-Alain Miller. Voir p. 245.

6 – J. Lacan, Écrits, Seuil, Paris, 1966, p. 733.

7 – J.-A. Miller, « Un répartitoire sexuel », La Cause freudienne n°40, janvier 1999, p. 24.

8 – Ibid.

9 – J. Lacan, « Le Séminaire, livre XXII, R.S.I. » Ornicar ? n°3, mai 1975, séance du 21 janvier 1975, page 110.

CCC

CCC

CCC

CCC

CCC

L’argument et le programme des leçons 2016-2017

2016-2017_SCN AFFICHE LIP+inscription-webLes Leçons d’Introduction à la Psychanalyse

 

2016-2017 :

Le mystère du corps parlant

On parle avec son corps

 

Télécharger l’argument et le programme

CCC

 

CCCCCC

Argument

 

Le corps, c’est d’abord son image, tout autant lieu d’identité que de rivalité – la prolifération d’images exhibant toujours plus ce corps sur tous les écrans, redouble l’effort de la médecine à transformer sa transparence en savoir absolu.

Mais d’être pris singulièrement dans le langage, c’est bien autrement que ce corps apparait. Objet de paroles, il est découpé, nommé, historisé et de fait, décerné à celui qui parle. C’est tout l’apport de Freud qui constatait que l’anatomie du sujet hystérique – anatomie fantasmatique –, différait radicalement de l’anatomie universelle. Les mots sont pris dans toutes les images corporelles qui captivent le sujet indiquait déjà Lacan en 1953, et plus tard dans son séminaire Encore : « Un corps, ça se jouit de le corporiser de façon signifiante. » Cette entrée dans le langage se paie d’une livre de chair, une mortification qui unit subtilement le langage et le corps, celui-ci restant cependant toujours plus ou moins étranger à celui qui parle. Le C’est plus fort que moi traduit cette perte irrémédiable.

Il faut se faire à cette idée d’expérience que la jouissance de la vie se fait dans un exil de toute idée d’harmonie – le corps vivant est livré à des pulsions qui n’en font qu’à leur tête. Le corps parlant est une manière de dire que l’on parle avec son corps. Cela ne va pas de soi : ce rapport dérangé à son propre corps reste un mystère, le mystère de ce qui unit ou désunit le registre de la parole, du langage, du symbolique, et le registre du corps imaginaire et du corps de la jouissance.

 

Programme

 

Le thème est dans le fil du Congrès de l’AMP (Association Mondiale de Psychanalyse) à Rio en avril 2016. Qu’est-ce que le corps parlant ? C’est un mystère indique J.-A. Miller, reprenant un dire de Lacan de 1975 : « Le réel, dirai-je, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient. »

 

I – Le corps et la formation du moi

 

1 – Le corps du stade du miroir : « Dans ma théorie du stade du miroir – la seule vue de la forme totale du corps humain donne au sujet une maîtrise imaginaire de son corps, prématurée par rapport à la maîtrise réelle. Cette formation est détachée du processus même de la maturation et ne se confond pas avec lui. »

J. Lacan, Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Paris, Seuil, 1975, p. 93.

 

2 – Moi idéal et idéal du moi : « […] Ce qui est menacé quand nous faisons allusion aux craintes d’atteintes narcissiques au corps propre, ce qui est atteint quand nous parlons de la nécessité de réassurance narcissique, nous pouvons le mettre au registre du moi idéal. L’Idéal du moi, quant à lui, intervient dans des fonctions qui sont souvent dépressives, voire agressives à l’égard du sujet. »

J. Lacan, Le Séminaire, livre V, Les formations de l’inconscient (1957 – 1958), Paris, Seuil, 1998, pp. 288-289.

 

3 – Le corps du fantasme : « Le sujet en tant qu’il est barré, annulé, aboli, par l’action du signifiant, trouve son support dans l’autre, qui est ce qui, pour le sujet qui parle, définit l’objet comme tel. Cet Autre, objet prévalent de l’érotisme humain, nous essayerons de l’identifier. […] Cet autre est l’image du corps propre, au sens large que nous lui donnerons. En l’occasion, c’est là, dans ce fantasme humain, qui est fantasme du sujet, et qui n’est plus qu’une ombre, c’est là que le sujet maintient son existence, maintient le voile qui fait qu’il peut continuer d’être un sujet qui parle. »

J. Lacan, Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation (1958-1959), Paris, Seuil, 2014, p. 119.

 

II – Le corps parlant

 

4 – La livre de chair : « Il ne s’agit pas du corps en tant qu’il nous permettrait de tout expliquer par une sorte d’ébauche de l’harmonie de l’Umwelt et de l’Innenwelt ; c’est qu’il y a toujours dans le corps, du fait de cet engagement dans la dialectique signifiante, quelque chose de séparé, quelque chose de sacrifié, quelque chose d’inerte, qui est la livre de chair. »

J. Lacan, Le Séminaire, livre X, L’angoisse, (1962 – 1970), Paris, Seuil, 2004, p. 254.

5 – Le corps de l’obsessionnel : « Le corps, le corps idéalisé et purifié de la jouissance, réclame du sacrifice de corps. C’est là un point très important pour comprendre ce que je vous ai annoncé la dernière fois et que je ne dois faire que télescoper, c’est à savoir la structure de l’obsessionnel. »

J. Lacan, Le Séminaire, livre XI, D’un Autre à l’autre (1968-1969), Paris, Seuil, 2006, p. 372.

6 – Le refus du corps de l’hystérique : « Simplement, le discours de l’hystérique relève de la relation du discours du maître à la jouissance, en ceci que le savoir y vient à la place de la jouissance. Le sujet lui-même, hystérique, s’aliène du signifiant-maître comme étant celui que ce signifiant divise – celui, au masculin, représente le sujet –, celui qui se refuse à s’en faire le corps. On parle à propos de l’hystérique de complaisance somatique. Encore que le terme soit freudien, ne pouvons-nous nous apercevoir qu’il est bien étrange ? – et que c’est plutôt de refus du corps qu’il s’agit. À suivre l’effet du signifiant-maître, l’hystérique n’est pas esclave. »

J. Lacan, Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse (1969-970), Paris, Seuil, 1991, p. 107.

 

III – L’incidence de la langue sur le corps

 

7 – L’angoisse : « L’angoisse, c’est ce qui de l’intérieur du corps ex-siste, ex-siste quand il y a quelque chose qui l’éveille, qui le tourmente. Voyez le petit Hans, quand il se trouve que se rend sensible l’association à un corps, nommément mâle dans l’occasion, défini comme mâle, l’association à un corps d’une jouissance phallique. Si le petit Hans se rue dans la phobie, c’est évidemment pour donner corps à l’embarras qu’il a de ce phallus. »

J. Lacan, « Le séminaire livre XXII, RSI » (1974-197), inédit.

8 – Le symptôme est un événement de corps : « Laissons le symptôme à ce qu’il est : un événement de corps, lié à ce que l’on l’a, l’on l’a de l’air, l’on l’aire, de l’on l’a. Ça se chante à l’occasion et Joyce ne s’en prive pas. Ainsi des individus qu’Aristote prend pour des corps, peuvent n’être rien que symptômes eux-mêmes relativement à d’autres corps. Une femme par exemple, elle est symptôme d’un autre corps. Si ce n’est pas le cas, elle reste symptôme dit hystérique. »

J. Lacan, « Joyce le symptôme » (1975), Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 569.

9 – La rencontre de lalangue avec le corps : « C’est toujours à l’aide de mots que l’homme pense. Et c’est dans la rencontre de ces mots avec son corps que quelque chose se dessine. […] Ce langage qui n’a absolument pas d’existence théorique, intervient toujours sous la forme de ce que j’appelle d’un mot que j’ai voulu faire aussi proche que possible du mot lallation – lalangue. »

J. Lacan, « Conférence à Genève sur le symptôme » (1975), Le bloc-notes de la psychanalyse n°5, 1985, p. 11.

CCC

CCC

CCC

CCC

CCC

CCC

Les leçons d’introduction à la psychanalyse 2016-2017

2016-2017_SCN AFFICHE LIP+inscription-webLES LEÇONS D’INTRODUCTION À LA PSYCHANALYSE 2016-2017

Ces leçons forment un module indépendant de la session annuelle de la Section Clinique de Nantes. Neuf leçons destinées aux étudiants des cursus universitaires en médecine, psychologie, philosophie, etc., ainsi qu’aux étudiants des écoles d’éducateurs, d’orthophonistes, d’infirmiers, d’assistants sociaux, etc. Ces leçons sont ouvertes à tous ceux qui souhaitent une première découverte de la clinique et de la théorie psychanalytique, et sont aussi proposées à ceux qui s’inscrivent pour la première fois à la session annuelle de la Section Clinique de Nantes. Françoise Pilet-Frank, Remi Lestien et Éric Zuliani en assureront l’enseignement.

CCC

Lire l’argument et le programme

CCC

Participation aux frais : pour l’ensemble des leçons et des conférences de la Session : 40 €.

CCC

Lieu : ADELIS – Espace Port Beaulieu, 9, boulevard Vincent Gâche – Nantes

CCC

Dates – Les jeudis, 9 fois, de 20h à 21h30 : 17 et 24 novembre, 15 décembre en 2016 ; 19 janvier, 2 février, 2 mars, 16 mars, 30 mars et 4 mai 2017.

CCC

Renseignements et contacts : Éric Zuliani eric.zuliani@wanadoo.fr Tél : 06 72 15 52 65

CCC

TÉLÉCHARGER le bulletin d’inscription

CCC

TÉLÉCHARGER l’affiche des LIP  

CCC

logo_facebookLes LIP sur Facebook

La session annuelle 2014-2015

freud-lacanInconscient freudien et inconscient lacanien

Conséquences sur le déroulement des cures psychanalytiques

L’homme parle. Pour parler, il a à entrer dans le langage, et dans un discours préexistant, qu’il le veuille ou pas. Mais ce qu’il dit reste en échec, car à l’horizon reste le désir, qui ne peut se dire. Le désir court entre les signifiants, il est métonymique. La question de ce que vaut le langage se déplace. Il ne s’agit pas de la correspondance entre tout ce qui se dit et le réel, le langage lui-même est un réel. (…) Lire la suite

 

Une session mensuelle, de novembre 2014 à juin 2015.

Les dates 8 novembre et 6 décembre 2014, 17 janvier, 28 février, 14 mars, 28 mars, 6 juin et 20 juin 2015.
Le lieu : École Nationale Supérieure d’Architecture, 6 Quai François Mitterrand, 44000 Nantes.

Chaque samedi, le séminaire théorique, le séminaire d’élucidation des pratiques, le séminaire de textes, et quatre fois dans l’année, une conférence. Une présentation clinique a lieu dans un service hospitalier une fois par mois.

Lire le déroulement de la session.

 .

.

.

.

.