Seize et une variations

Albert Ayme, Seize et une variations (1963)

(Nous avons illustré d’autres pages de ce site avec des détails extraits de celle-ci. Dans le titre que nous leur avons donné, par exemple « Seize et une… 32 ; les chiffres indiquent la ligne et la colonne dans laquelle figure ce détail.)

« En 1963 j’abordais un problème d’une grande complexité à travers SEIZE ET UNE VARIATIONS, une œuvre multiforme qui développe un thème plastique soumis à la loi sévère de la fugue : travail à partir d’une unique forme « trouvée », non géométrique, au terme duquel est ressuscitée, dans une double fugue formant la 17e et ultime Variation, la forme originaire, inversée, non-peinte, ayme_seize_une_variations_grand_okdans un mouvement à structure circulaire. Œuvre historiquement importante et qui se révèle comme le lieu d’émergence de la notion même de « PARADIGME » dans mon itinéraire pictural (ce titre lui ayant été primitivement attribué, puis avec raison, retiré).

À travers cette « grande fugue picturale » s’entrecroisent en réalité trois hommages : à un écrivain, un musicien et un peintre. Double rappel implicite d’abord d’un travail d’écriture antérieur (Raymond Roussel), l’œuvre de celui-ci faisant référence à l’Oratorio Vesper de Haendel construit selon un procédé fourni par le hasard seul, et consistant à se faire dicter une note à chacune des 23 marches d’un escalier descendu par le musicien. Enfin à l’intérieur des SEIZE ET UNE VARIATIONS est inséré avec la 15e Variation un hommage improvisé (non prémédité) à Uccello. L’ensemble constituant une chaîne d’interrelations en profondeur (pratique de la mise en abîme).

On s’aperçoit que les rapports d’homologie structurelle de cette œuvre avec la musique apparaissent avec une grande pertinence. Nous sommes ici en face d’une démarche historique non exclusive de la peinture et fondée sur un refus de cloisonnement entre les diverses activités symboliques en vue de la reconnaissance tacite d’un statut unique pour toutes les méthodes de création poétique, sans aucun amalgame, que celles-ci fassent indifféremment appel au matériau pictural, sonore ou linguistique. On peut retrouver cette volonté dans les œuvres de quelques grands écrivains contemporains : Francis Ponge, Michel Butor, Roger Laporte…

Œuvre fuguée donc, formée de seize fugues, plus une (la forme d’origine et la double fugue ultime qui se superposent en s’annulant). Œuvre cyclique, mais non hermétiquement close cependant, car la 16e Variation brise le schéma de détermination concertée de l’ensemble en éveillant les virtualités illimitées de l’ordre irrationnel (éclatement et pulvérisation de la forme). Démarche logique où le sujet prend son origine dans le matériau plastique lui-même, où genèse et état définitif sont confondus dans la structure transparente d’une œuvre qui révèle en filigrane l’histoire de sa création. Aperception globale d’une espace multiple discontinu ramené à son unité organique de conception, c’est-à-dire envisagé comme un tout indivisible, multiple et unique simultanément. Œuvre de plus articulée selon une syntaxe corrélative de la loi de superposition transparente qui lui est implicite (explicite dans l’AQUARELLE MONOCHROMATIQUE).

Cette tentative montre la connexité du temps et de l’espace dans l’univers plastique, puisque l’introduction d’une temporalité inusitée multiplie les dimensions traditionnelles de l’espace pictural. »

Albert Ayme, in « L’abstraction picturale », Il particolare N°6, 2001, pp. 30-32.

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