Le symptôme freudien à travers le cas Dora

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Extraits de la leçon d’introduction à la psychanalyse du 13 novembre 2009

par Remi Lestien

 

Rapport compliqué à son corps et rapport problématique à l’Autre sont les grands enseignements de l’hystérique qui les claironne sur la scène et témoigne avec son corps que le rapport à l’autre sexe n’est jamais harmonieux. Le sujet hystérique est épris de vérité, mais avec une contradiction : c’est qu’il ne veut rien savoir de ce qu’en quoi cette vérité le concerne. Le sujet hystérique insiste et manifeste qu’entre la vérité de la souffrance et les mots il y a une faille, un impossible à combler.

Freud a accepté d’écouter cette vérité, et depuis… la psychanalyse est peut-être le seul discours qui puisse rappeler qu’il y a des hommes et des femmes et que ces deux genres doivent compter l’un avec l’autre — tant pour la reproduction que pour le vivre ensemble. Ça ne va pas naturellement entre les sexes, contrairement à ce que voudraient nous faire croire la science et les discours sociaux, qui ont de tout temps inventé des constructions pour fixer et répartir les rôles, ou plus récemment pour en faire disparaître les distinctions.

Et l’on peut dire très généralement que tout rapport à l’Autre est symptomatique.

 

Le cas Dora que nous transmet Freud en 1905 reste un témoignage inouï et il n’a rien perdu de sa fraîcheur : l’hystérie est une invite à produire du nouveau. Ce que nous a transmis Freud mérite que l’on y revienne toujours – c’est ce que nous allons démontrer.

 

La méthode de Freud est précise, progressive[1], attachée au réel — Freud reste scientiste — et non au sens.

* D’emblée il situe “la source de l’hystérie dans l’intimité de la vie psychique sexuelle des malades” et fait découvrir que les symptômes sont “l’expression de leurs désirs refoulés les plus secrets”[2]. Il formule ainsi son projet : « Je tenais à mettre en évidence dans cette observation la détermination des symptômes et la structure intime de la névrose ».

Notons tout de suite ce lien entre structure de la névrose et détermination du symptôme. La névrose est une articulation qui a la même structure que la construction du symptôme.

 

* Cette articulation est « un long enchaînement remontant des symptômes morbides à l’idée pathogène.»[3] L’idée forte de Freud c’est de montrer qu’en allant à l’envers de cette construction, on verra disparaître le trouble créé. Pour le dire autrement, le soulagement du trouble par l’interprétation vient à la fois prouver l’existence des forces inconscientes et rendre compte de la pertinence de la psychanalyse.

 

Pour Freud, il s’agit de substituer des pensées conscientes aux symptômes, là où le refoulement a perturbé la mémoire. Ce travail de substitution va utiliser l’association libre, l’interprétation et particulièrement l’interprétation des rêves[4] qui repose toujours sur un jeu avec le langage, visant la déconnection d’avec la langue formatée à laquelle chaque parlêtre a dû s’adapter pendant son existence.

 

Pour terminer, quelques points épars :

 

1 – Le corps du sujet hystérique est malade de la vérité, articulation dialectique entre la passion de dire et la souffrance de son corps. Une partie de son corps est du côté du refus. Il y a un défaut symbolique inhérent à l’humain, et certaines parties du corps se refusent au sens phallique, soit au sens commun. Le sujet se soustrait à l’unité fonctionnelle du corps. Une partie de celui-ci, morcelé selon d’autres lois que celles de l’anatomie et de la physiologie, cesse d’obéir aux pulsions d’autoconservation. On pourrait dire qu’il est le siège d’une jouissance qui n’obéit pas à la domination phallique. Ce refus de l’unité correspond tout autant à une érotisation paradoxale. La plainte exprime une satisfaction inconsciente dont l’hystérique a bien du mal à se passer.

 

2 – Il y a discontinuité entre la cause et le symptôme. La cause ne deviendra cause que dans l’après-coup. Lacan radicalise même cette proposition. L’être parlant a perdu tout rapport naturel à son corps et à son fonctionnement. Toute sexualité humaine devient traumatique du fait du langage et comme fait de langage. Le sujet hystérique est celui qui révèle que tous les humains sont confrontés à la radicalité du désaccord entre mot et chose.

 

3 – La sexualité est toujours en excès. Ce qu’on pourrait généraliser en disant que chez l’être humain il y a dans la sexualité une impossibilité de structure à en rendre compte, ou, dit autrement, que le sexuel est toujours problématique, qu’il y a toujours symptôme quant au sexuel, et que le symptôme est toujours une réponse à cet impossible.

 

4 – Il y a une singularité absolue de cette articulation entre mot et corps. Aucune généralisation n’est possible, le savoir en psychanalyse ne peut appartenir au particulier d’une classe, serait-elle même celle qui regrouperait les sujets hystériques, et ne peut s’obtenir que par sa construction au cours d’une analyse. Le sujet est responsable de ses symptômes, et la psychanalyse n’aura d’effet que si le sujet accepte de toucher aux liens qui l’attachent à ceux-ci.

 

5 – Enfin et surtout, il ne faut pas s’illusionner : le déchiffrage du symptôme, que Freud visait, tombe sur un reste inanalysable. Il existe toujours un défaut symbolique, un impossible à dire une disjonction entre mots et pulsion. Chez le sujet hystérique féminin, par exemple, la difficulté à assumer sa féminité corporelle ne fait que redoubler l’absence d’un signifiant qui viendrait subsumer l’ « être femme ».

 

Remi Lestien

Nantes, novembre 2009

 


[1] Il crée du savoir en traitant – contrairement à tous les soignants qui traitent à l’aide du savoir.

[2] S. Freud, Cinq psychanalyses, PUF, Paris, 2001, p. 7.

[3] Ibid.

[4] “Bref, le rêve est l’un des détours servant à éluder le refoulement, un des moyens principaux de ce qu’on appelle la représentation indirecte dans le psychisme. Du matériel psychique repoussé de la conscience donc devenu pathogène, surgit dans le rêve et donc accessible au travail analytique.”

Programme des Leçons d’introduction à la psychanalyse 2010-2011

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L’interprétation

psychanalytique

du rêve

Ici, dans le champ du rêve, tu es chez toi (J. Lacan)

Depuis toujours les hommes rêvent et nombreux sont ceux qui ont été tentés de trouver du sens à ces bizarreries, ces récits composites dont les matériaux sont tout à la fois familiers et incongrus. Mais il a fallu attendre l’invention de la psychanalyse pour qu’une analyse rigoureuse en soit faite. Freud le premier a interprété ces enchaînements d’images, de réalités pourtant fragiles, en les lisant comme un rébus avec ses figures de style et sa grammaire. Le considérant comme un écrit qu’il faut déchiffrer, en effaçant les déformations et censures que le contenu manifeste a dû subir, il peut affirmer que le rêve est la réalisation d’un désir refoulé de la conscience.
Si les rêves ne sont pas l’inconscient lui-même, ils en sont la voie royale. En reprenant des rêves tirés de l’œuvre de Freud*, nous vérifierons l’actualité et l’importance que nous trouvons à considérer rigoureusement ces productions oniriques intimement liées au langage, comme indispensable dans l’abord de la névrose.


freud seuil*Dans
L’interprétation du rêve de S. Freud
(Attention : nous prendrons comme référence la nouvelle traduction de J.P. Lefebvre au Seuil, 2010)

Programme :

1 – La petite Anna mange des fraises, p. 169.
2 – Autodidasker, p. 340.
3 – La monographie botanique, p. 209.
4 – La belle bouchère I, p. 186.
5 – La belle bouchère II
6 – L’injection d’Irma, p. 143.
7 – Le père mort, p. 470.
8 – Père ne vois tu pas que je brûle ?, p. 551.
9 – Rêves d’angoisse, p. 626.

Enseignement  : Françoise Pilet-Frank, Remi Lestien et Éric Zuliani
Dates
: Les leçons se dérouleront les jeudis de 20 heures à 21 heures 30 ; le 18 novembre, les 2 et 16 décembre 2010,  20 janvier, les 3 et 10 février, les 17 et 24 mars, 7 avril 2011.
Lieu : Salons Mauduit 10, rue Arsène Leloup, Nantes
Participation aux frais : pour l’ensemble des leçons : 30 €.
L’inscription à ces neuf leçons permet d’assister aux trois conférences organisées par la Section Clinique.

Renseignements et contacts : Éric Zuliani
eric.zuliani@wanadoo.fr
Tél : 06 72 15 52 65

Les leçons d’introduction à la psychanalyse 2010-2011

L’interprétation psychanalytique du rêve

Ici, dans le champ du rêve, tu es chez toi (J. Lacan)

reve_homme_aux_loups_400Ces leçons forment un module indépendant de la session annuelle de la Section Clinique de Nantes.

Elles sont destinées aux étudiants des cursus universitaires en médecine, psychologie, philosophie, etc., ainsi qu’aux étudiants des écoles d’éducateurs, d’orthophonistes, d’infirmiers, d’assistantes sociales, etc. Ces leçons sont ouvertes à tous ceux qui souhaitent une première découverte de la clinique et de la théorie psychanalytique, et sont aussi proposées à ceux qui s’inscrivent pour la première fois à la session annuelle de la Section Clinique de Nantes.

Françoise Pilet-Frank, Remi Lestien et Éric Zuliani en assureront l’enseignement pour la session 2010 – 2011.

Dates : Les leçons se dérouleront les jeudis de 20 heures à 21 heures 30 ; les 18 novembre, les 2 et 16 décembre 2010,  20 janvier, les 3 et 10 février, les 17 et 24 mars, 7 avril 2011.
Lieu : Salons Mauduit 10, rue Arsène Leloup, Nantes
Participation aux frais : pour l’ensemble des leçons : 30 €.
L’inscription à ces neuf leçons permet d’assister aux trois conférences organisées par la Section Clinique.

Renseignements et contacts : Éric Zuliani
eric.zuliani@wanadoo.fr
Tél : 06 72 15 52 65