Le thème de l’année 2013-2014

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L’expérience

du désir

Présentation du thème

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« Que montre Lacan ? Que le désir n’est pas une fonction biologique ; qu’il n’est pas coordonné à un objet naturel ; que son objet est fantasmatique. De ce fait, le désir est extravagant. Il est insaisissable à qui veut le maîtriser. Il vous joue des tours. Mais aussi, s’il n’est pas reconnu, il fabrique du symptôme. Dans une analyse, il s’agit d’interpréter, c’est-à-dire de lire dans le symptôme le message de désir qu’il recèle.

Si le désir déroute, il suscite en contrepartie l’invention d’artifices jouant le rôle de boussole. Une espèce animale a sa boussole naturelle, qui est unique. Dans l’espèce humaine, les boussoles sont multiples : ce sont des montages signifiants, des discours. Ils disent ce qu’il faut faire : comment penser, comment jouir, comment se reproduire. Cependant, le fantasme de chacun demeure irréductible aux idéaux communs.

Jusqu’à une époque récente, nos boussoles, si diverses qu’elles soient, indiquaient toutes le même nord : le Père. On croyait le patriarcat un invariant anthropologique. Son déclin s’est accéléré avec l’égalité des conditions, la montée en puissance du capitalisme, la domination de la technique. Nous sommes en phase de sortie de l’âge du Père.

Un autre discours est en voie de supplanter l’ancien. L’innovation à la place de la tradition. Plutôt que la hiérarchie, le réseau. L’attrait de l’avenir l’emporte sur le poids du passé. Le féminin prend le pas sur le viril. Là où c’était un ordre immuable, des flux transformationnels repoussent incessamment toute limite.

Freud est de l’âge du Père. Il a beaucoup fait pour le sauver. L’Église a fini par s’en apercevoir. Lacan a suivi la voie frayée par Freud, mais elle l’a conduit à poser que le Père est un symptôme. Il le montre ici sur l’exemple d’Hamlet.

Ce que l’on a retenu de Lacan – la formalisation de l’Œdipe, l’accent mis sur le Nom-du-Père – n’était que son point de départ. Le Séminaire VI déjà le remanie : l’Œdipe n’est pas la solution unique du désir, c’est seulement sa forme normalisée ; celle-ci est pathogène ; elle n’épuise pas le destin du désir. D’où l’éloge de la perversion qui termine le volume. Lacan lui donne la valeur d’une rébellion contre les identifications assurant le maintien de la routine sociale. Ce Séminaire annonçait “le remaniement des conformismes antérieurement instaurés, voire leur éclatement”. Nous y sommes. Lacan parle de nous. »

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C’est ainsi que Jacques-Alain Miller présente le Séminaire VI de Lacan qui vient de paraître, Le désir et son interprétation. Lors de la dernière rencontre des sections cliniques à Paris, Jacques-Alain Miller a mis en évidence un fil conducteur, le fantasme. Très mince au début du Séminaire, il devient ensuite une corde. Le fantasme est posé au singulier, et Lacan le complète du terme fondamental : le fantasme est fondamental en tant qu’il est minimal. La véritable relation d’objet se situe donc au niveau du fantasme, et le fantasme devient alors, à ce moment de l’enseignement de Lacan, le terme, le lieu où la question du sujet sur son désir trouve sa réponse. Lacan développe ensuite sa logique. Enfin, à partir de son tout dernier enseignement, il se démontre que la traversée du fantasme est nécessaire à la mise en lumière de la rencontre traumatique du signifiant avec le corps, marque contingente et inaugurale de jouissance, toujours unique. L’itération de cet Un de jouissanceconditionne la varité symptomatique pour chacun. Alors, si le terme de parlêtre se substitue à celui de sujet, et le terme de jouissance à celui de désir, les termes de sujet et de désir en sont-ils pour autant invalidés ? Aucunement, car la préoccupation de Lacan concerne avant tout la cure analytique. Et celle-ci ne s’aborde qu’à partir des embrouilles du désir, son expérience toujours singulière.

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Le déroulement de la session 2013-2014

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Schéma de

l’organisation

de l’année

2013-2014

Une session mensuelle, de novembre 2013 à juin 2014.

Les dates : les samedis 9 novembre et 7 décembre 2013 ; 18 janvier, 1er février, 22 mars, 12 avril, 24 mai et 14 juin 2014.
Le lieu : Les Salons Mauduit, 10 rue Arsène Leloup, 44000 Nantes

Les enseignements ont lieu le samedi, de 9 h à 16 h (et jusqu’à 18 h lorsqu’il y a une conférence). Ils se répartissent entre le séminaire théorique, les séminaires d’élucidation des pratiques et séminaires de textes, les conférences. Une collation est proposée le midi, sur place, permettant les échanges entre participants et enseignants (pour celle-ci, une participation forfaitaire de 65 euros pour l’année est demandée).
Une présentation clinique a lieu une fois par mois, le mardi de 14 h à 16.h, à l’Hôpital St Jacques.

Le séminaire théorique

De 9 h à 11 h
Des enseignants proposent leur lecture du Séminaire VI, Le désir et son interprétation.
Lire le programme du séminaire théorique

Les séminaires d’élucidation des pratiques

De 11 h à 12 h et 13 h à 14 h
Comme pour les séminaires de textes, les participants sont répartis en plusieurs groupes.
Ce sont des séminaires d’entretiens sur la pratique, qui se déroulent à partir de séquences, de cas ou de points d’achoppements présentés par les participants ou les enseignants. Le thème de cette année les orientera.
Ces séminaires d’élucidation clinique s’intéressent bien sûr à la psychanalyse et aux différentes psychothérapies, mais aussi par exemple, aux pratiques des médecins, des infirmiers, des éducateurs, psychomotriciens, orthophonistes, assistants sociaux, enseignants, etc. Toutes peuvent relever d’un abord clinique, dans la mesure où elles ont affaire à des sujets : la clinique de la pratique, c’est la clinique des réponses que le sujet y apporte.
Poser que le sujet répond, plutôt que de dire qu’il réagit à la pratique, c’est d’abord mettre l’accent sur sa position, et en fin de compte sur sa position dans la structure : névrotique, perverse ou psychotique. C’est aussi, puisque toute réponse s’entend entre refus et consentement, en signifier la dimension éthique. Et enfin, c’est souligner que le sujet ne fait pas que mobiliser ses défenses, mais qu’il élabore des constructions et fait des trouvailles : la clinique authentique ne se résorbe pas dans le déficit.
L’élucidation des pratiques, à travers les séquences, les cas et les points d’achoppements présentés, vise la mise en lumière du sujet comme réponse. Il est permis d’espérer que du même coup la pratique en soit éclairée.

Les séminaires de textes

De 14 h à 16 h
À chaque séance, deux participants, aidés par un enseignant, posent une ou deux questions sur les textes proposés, et engagent une discussion. Comme pour les séminaires d’élucidation des pratiques, les participants sont répartis en plusieurs groupes.
Lire le programme du séminaire de textes.

Les conférences

Trois fois dans l’année, de 16 h à 18 h. Ce sont des conférences cliniques qui traiteront du thème de l’année.
En 2013-2014, nous recevrons Bruno de Halleux (Bruxelles), Jean-Robert Rabanel (Clermont-Ferrand), et Marie-Hélène Brousse (Paris).

Les présentations cliniques

Un mardi par mois, de 14 h à 16 h, à l’Hôpital St Jacques, à Nantes.
Une équipe soignante propose à un psychanalyste de rencontrer un malade.Qu’attendre de cette rencontre ? La surprise est souvent au rendez-vous. Pour le malade, c’est une occasion, rare, de venir témoigner de ce qui, pour lui, est un “impossible à supporter”. Pour l’équipe soignante, des éclairages nouveaux peuvent être apportés sur certaines butées que rencontre la prise en charge. De même, des questions concernant les modalités de la stratégie thérapeutique sont soulevées. Pour les participants et le psychanalyste, tout en se laissant enseigner par les propos du malade, ils peuvent chercher à se repérer au plus près de la structure.

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Accès n°5

couv_acces_5-1Accès n°5

Bulletin de l’ACF-VLB

Juin 2013

Disponible à partir du 15 juin. 15 €

Langue et création

entre effort de clarté et effort de poésie

Cette langue vivante « qu’à chaque instant on crée », fait le fonds de notre dossier : de la discorde des langages au Witz, en passant par la transmission clinique, la création artistique ou l’« entre les langues ».

Un AE poète et des comédiens, des enseignants orientés par la psychanalyse et des psychanalystes concernés par les langues, des lecteurs éclairés et des praticiens précis… nous ne pouvions pas trouver mieux pour rappeler avec l’acteur Nicolas Bouchaud, merveilleux Alceste, que la langue est toujours en mouvement.

Autre point fort : un texte d’orientation d’Éric Laurent constitué de trois conférences, « Les objets de la passion », inédites en français. Accès a le plaisir de vous les faire découvrir.

Jeanne Joucla & Marie-Odile Nicolas


Sommaire

Dossier – Langue et création :
entre effort de clarté et effort de poésie

La discorde des langages dans la Cité
Guilaine Guilaumé – Pas de clarté sans ombre
Marc Zerbib – L comme Liberté – Le sujet de la folie
Sébastien Dauguet – Enseigner une langue : le cadre à l’épreuve du réel

Dire la pratique analytique
Jean-Noël Donnart – Désorientation ou dénouage ?
Nathalie Morinière – Un enfant en morceaux
Solène Caron – De lalangue du sujet à la construction d’un bord
Claire Talébian – Musicale création

Un effort de poésie
Bernard Porcheret – Un souffle de poésie
Laure Naveau – La langue comme symptôme
Catherine Lazarus-Matet – C’est Patou

L’artiste et les langues
Jean-Louis Bonnat – Van Gogh : la couleur et la traduction de la musicalité des langues
Lucie Pinon – Au cœur des ténèbres : l’écriture à la recherche de la vérité
Jeanne Joucla, Gwenaëlle Le Péchoux – Incarner la langue de Molière

Entre les langues
Anne Lecroart – Langue parfaite, lalangue et traduction
Ariane Oger – L’irréductible étrangeté de la langue
Pauline Prost – Dépayser la pensée

Witz
Remi Lestien – Éclair et trou – un enjeu pour le langage
Françoise PiletFamillionnaire ?… Bizarre

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Conférences

Éric Laurent
Les objets de la passion

Travaux
Sophie Marret-Maleval
L’hénologie de Lacan : de l’ontologie à l’ontique

Lecture
Élisabeth Brunet
Une folle en liberté

Entrée des artistes
Jean-François Péculier
Laval : figure de style
Daniel Clauzier
1, Z, 2, 4, 6, 8, 41, 43 ou le voyage immobile
Alain Borer
Aller à Tours, c’est aller à Thouars

Sur le mariage

13-02_mariage_psychanalystes_couv_200pxLes psychanalystes et le mariage

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Françoise Héritier : « Le mariage n’a rien de sacré », propos recueiilis par Victoria Guérin pour Le Point.fr, suivi d’un texte  d’Irène Théry : « Le gouvernement a laissé les opposants dire n’importe quoi sur la filiation », publié le 23 avril sur Le +, site du Nouvel Observateur. Publiés sur Lacan Quotidien n° 386. Télécharger

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• L’audition de Jacques-Alain Miller au Sénat en video

 

• La politique catholique des corps, entre sacralisation et naturalisation

Un entretien de Jacques-Alain Miller avec Danièle Hervieu-Léger, en video sur le site de LA RÈGLE DU JEU.

 

• Une publication : Du mariage et des psychanalystes
lire le sommaire

 

• Un entretien sur le mariage pour tous avec Jacques-Alain Miller dans Lacan Quotidien n°267, du 11 janvier 2013. Télécharger

 

• Point de capiton : Jacques-Alain Miller à propos de « Mariage pour tous : un combat perdu pour l’Église » de Danièle Hervieu-Léger, lire paru dans Le Monde du 12 février 2012 ; suivi du texte de Danièle Hervieu-Léger. Télécharger

 

• Un article d’Éric Laurent sur le site de La règle du jeu : « Qui s’occupera des enfants ? » ; et, sur le même site, un article de Pierre-Gilles Gueguen, « Mariage, divorce et compagnie »

 

• Lacan Quotidien n°270, du 15 janvier, avec notamment une interview de Clotilde Leguil et un texte de Fabian Fajnwaks

 

• Un article de Déborah Guterman-Jacquet, « Punk under Tweed« , sur le site de La règle du jeu.

 

• Yves Depelsenaire : « Levi-Strauss face au couple homosexuel » :  lire

 

• Une déclaration contre l’instrumentalisation de la psychanalyse (Lacan Quotidien n° 268, du 13 janvier 2013) :

Mariage pour tous : contre l’instrumentalisation de la psychanalyse

Paris, le 13 janvier 2013

Les psychanalystes soussignés déplorent l’utilisation insistante qui est faite du savoir psychanalytique afin de cautionner, dans le débat qui agite la nation, certaines des thèses opposées au projet de loi.

En conséquence, ils se trouvent contraints de déclarer :
– que rien dans l’expérience freudienne n’est de nature à valider une anthropologie
qui s’autoriserait de la Genèse ;
– que la structure œdipienne dégagée par Freud n’est pas un invariant anthropologique ; – qu’au niveau de l’inconscient, les deux sexes ne sont liés par aucune complémentarité

originaire, ce qu’exprime l’aphorisme de Lacan : « le rapport sexuel n’existe pas » ;
– qu’il revient à chaque être parlant de trouver les voies de son désir, qui sont singulières, tordues, marquées de contingence et de malencontres ;

– que certains s’aident à cette fin d’une croyance religieuse, et que d’autres s’en passent ; un analyste n’a pas à se prononcer là-dessus.

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Premier signataires :

Guy Briole, professeur de psychiatrie du Val-de-Grâce
Marie-Hélène Brousse , ancienne présidente de l’Ecole européenne de Psychanalyse
Carole Dewambrechies-La Sagna , secrétaire générale d’Uforca *
Eric Laurent , ancien président de l’Association mondiale de Psychanalyse
Anaëlle Lebovits-Quenehen , directrice de la revue Le Diable probablement
Clotilde Leguil, auteur de Sartre avec Lacan, 2012

Lilia Mahjoub , ancienne présidente de l’Ecole de la Cause freudienne
Jean-Claude Maleval , professeur de psychopathologie à l’Université de Rennes 2
Jean-Daniel Matet , président de l’Ecole de la Cause freudienne
Jacques-Alain Miller , ancien président de l’Association mondiale de Psychanalyse

* Union pour la formation en clinique analytique

Pour signer la déclaration :

http://www.lacanquotidien.fr/blog/2013/01/lacan-quotidien-n-269-mariage-pour-tous-contre-linstrumentalisation-de-la-psychanalyse/

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Raja Ben Slama

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Le mandat d’amener qui frappait la psychanalyste tunisienne Raja Ben Slama vient d’être retiré par les autorités tunisiennes.

De : Lilia Mahjoub

Date : 28 février 2013 12:21:26

À : Jacques-Alain Miller

Cher Jacques-Alain,
Je reçois à l’instant le SMS suivant de mon fils :
« Retrait du mandat d’amener contre Raja Ben Slama. 
Mission accomplie. 
Bises. 
R. »

C’est super !

Je l’appelle pour en savoir plus.

Bises.

Lilia

INSTITUT LACAN
COMMUNIQUE DU CALM

LILIA MAHJOUB ancienne présidente de l’Ecole de la Cause freudienne
Je viens d’être informée du mandat d’amener qui a été lancé à l’encontre de RAJA BEN SLAMA. Attachée à la Tunisie par des liens étroits, je ne saurais rester indifférente au sort de ma collègue tunisienne, ni au destin de la liberté d’expression comme telle. En conséquence, et avec le  « nihil obstat » du Pr. Fethi Benslama, frère de Reja, consulté par Jacques-Alain Miller, je lance la pétition suivante.


PETITION EN FAVEUR DE LA PSYCHANALYSTE RAJA BEN SLAMA
Les soussignés, soucieux de ne pas s’immiscer dans la vie politique tunisienne, mais défendeurs inconditionnels de la liberté d’expression en Tunisie comme en tous pays, demandent aux autorités tunisiennes de renoncer à inquiéter pour délit d’opinion la psychanalyste RAJA BEN SLAMA.
Ils souhaitent que soit rapidement annulé le mandat d’amener lancé à son encontre hier, jeudi 21 février.
Ils seront attentifs aux garanties qui protégeront les droits humains dans la Tunisie issue du « Printemps arabe »
Paris, le 22 février 2013
Lila MAHJOUB  Jacques-Alain MILLER  Maria de FRANCA Jean-Daniel MATET  Anne POUMELLEC  Leonardo GOROSTIZA Philippe SOLLERS  Mitra KADIVAR

POUR SIGNER LA PETITION :
http://raja2013.com/

Quelques éléments sur Raja Ben Slama, par son frère le psychanalyste Fehti Ben Slama :

Cher Jacques-Alain Miller,
Merci beaucoup de défendre Raja, c’est une tradition chez vous…

Voici quelques éléments sur elle.
Très cordialement
Fethi Benslama

PS. Un groupe d’avocat a pris sa défense. le principal est: Me Abada du barreau de Tunis. J’attends son numéro de téléphone.

Notice Bio-bibliographique
– Docteur d’Etat ès lettres, Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités Manouba, 2001.
– Professeur à la Faculté des Arts et des Humanités – Manouba, Université Manouba.
– Directrice d’ Alawan.org, revue  électronique de pensée critique.
– Psychanalyste 
– Membre actuel d’Espace analytique, Paris.

Publications :

-Ouvrages  en arabe :
-L’homme des masses, Dar Tali’a, Beyrouth 2008.
-Edifice du virilisme : essais sur le masculin et le féminin, Damas, Petra 2005, Tunis 2006.
-Critique des « invariants » (« thawabit« ), Beyrouth, Dar Tali’a, 2005
– Désir et écriture : une relecture de la tradition, Cologne, Dar al-Jamal, 2003.
– La parole et le silence, Le Caire, 1998.
-La Mort  et  les  rites  funéraire  en Islam, 1ere éd Tunis  1997, 2e éd. Le Caire 2009.
-Qu’est-ce  que  la  Poétique, de Todorov : trad. en  collaboration  avec Mabkhout  Ch. (Casablanca, 1987, 2e ed.1990).
-La Psychanalyse et l’Islam, traduction et présentation de La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam de Fethi Benslama, , Dar Saqi, Londres-Beyrouth, 2009.

En français :
-Les Mots du monde : Masculin –féminin : Pour un dialogue entre les cultures, collectif sous la direction de Nadia Tazi, Paris, La  Découverte, 2004.

Les faits et la raison :

Un mandat d’amener a été lancé, hier (jeudi 22 avril), contre la psychanalyste Raja Benslama (professeure à l’université de Tunis), par un juge d’instruction au motif de « dénonciation calomnieuse ». La raison en est la reprise sur sa page Facebook de la dénonciation par des députés de l’Assemblée Constituante, de la falsification d’un procès verbal par le rapporteur général de la constitution, un membre du parti islamiste Ennahda.

Alors que des actes de violences graves, commis par des extrémistes quotidiennement, restent impunis, le pouvoir islamiste en Tunisie poursuit des artistes, des intellectuels et des journalistes, à la moindre occasion et sous des prétextes fallacieux. Après le doyen de la faculté des Lettres, Raja Benslama est visée aujourd’hui à cause de l’audience importante rencontrée par ses critiques du parti islamiste sur les réseaux sociaux. Notons que la loi en vertu de laquelle elle est poursuivie a été abrogée, après la révolution.

Du mariage et des psychanalystes

13-02_mariage_psychanalystes_couv_200pxDu mariage

et des psychanalystes

Préface de Bernard-Henri Lévy et Jacques-Alain Miller

I. – Comment peut-on être Français? par Anne Béraud
ll. – Argentine: le mariage égalitaire, par Graciela Brodsky
III. – Mariage homo, mariage heureux, par Philippe Hellebois
IV. – Le mariage religieux des homosexuels danois, par René Rasmussen
V. – Israël, ses homos, ses rabbins, par Gil Caroz
VI. – Être homo au Maroc, par Fouzia Liget
VIl. – Grèce: l’homosexualité au tribunal, par Dossia Avdelidi
VllI. – Le mariage à l’italienne, par Francesca Biagi-Chaï et Paola Francesconi
IX. – Espagne: les évêques dans la rue, par Marga Auré et Carmen Cufiat
X. – Le Vatican devant la psychanalyse, par Cinzia Crosali
XI. – La loi naturelle a du plomb dans l’aile, par Philippe La Sagna
XII. – L’Église, la nature, et Freud, par Jacques-Alain Miller
XIII. – La théorie du mariage chez saint Thomas d’Aquin, par Antonio Di Ciaccia

XlV. – Du mariage aux miracles de Lourdes, par Catherine Lacaze-Paule
XV. – La psychanalyse face au « mariage pour tous », par Clotilde Leguil
XVI. – La différence pour tous! par Aurélie Pfauwadel
XVII. – Ya des ovules dans les testicules! par Anaëlle Lebovits-Quenehen
XVIII. – Mariage et sexualité, par Sophie Marret-Maleval
XIX. – « Papa plus Maman », par Solenne Albert
XX. – Du droit aux relations sexuelles à l’hôpital, par Carole Dewambrechies-La Sagna
XXI. – Le droit n’est pas le devoir, par Jean-Claude Maleval
XXII. – L’invention du mariage civil en 1792, par Deborah Gutermann-Jacquet
XXIII. – Lévi-Strauss face au couple homosexuel, par Yves Depelsenaire
XXIV. – «Furor Patris », par Philippe De Georges
XXV. – «Une tradition est toujours conne », par Jean-Pierre Deffieux
XXVI. – Mariage, divorce et compagnie, par Pierre-Gilles Guéguen
XXVII. – Extension du domaine du mariage, par Jean-Pierre Klotz
XXVIII. – Effacer la honte, par Hélène Bonnaud
XXIX. – Qui s’occupera des enfants? par Éric Laurent
XXX. – De quoi « le bien des enfants» est-il le nom? par Dalila Arpin
XXXI. – Familles et symptômes, par Fabian Fajnwaks
XXXll. – Qu’est-ce qui se transmet à l’enfant? par Daniel Roy
XXXIII. – Remarques ironiques déplacées sur« le mariage pour tous », par François Regnault
XXXIV. – Le combat perdu de l’Église, par Danièle Hervieu-Léger
XXXV. – Les mariés de l’an 13, par Bernard-Henri Lévy

13-02_mariage_psychanalystes_sommaire_man_rayEn couverture: Albrecht Dürer, Adam et Ève; montage de Yann Revol
Ci-dessus : Marcel Duchamp en Rrose Sélavy ; photo de Man Ray
ISBN 978-2-916-124-28-5 – Diffusion Volumen
Navarin / Le Champ freudien / La Règle du Jeu
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Accès n°4

acces_4_couv1Accès n°4

La politique

du symptôme

en psychanalyse

décembre 2012

Éditorial

Jeanne Joucla

Après une interruption d’une dizaine d’années, un colloque de l’acf-vlb s’est tenu à Angers le 23 juin 2012. Il a fait événement et rassemblé plus de 300 personnes. Son thème, La politique du symptôme en psychanalyse, n’y est pas pour rien.
Faire du symptôme, le thème du dossier de ce quatrième numéro d’Accès s’imposait. Il est introduit par des extraits du cours de Jacques-Alain Miller, « Le partenaire-symptôme », consacrés à sa lecture d’Inhibition, symptôme et angoisse de Freud dont il fait la clef du dernier enseignement de Lacan. Ce texte nous oriente et donne à l’ensemble du dossier, sa « touche » : le symptôme n’est pas un dysfonctionnement, c’est un fonctionnement.
Nous y trouverons, le point fort du colloque qui fut, de toute évidence, la conférence d’Hélène Bonnaud, témoignant en tant qu’AE, de son parcours analytique : « De la jouissance du symptôme au réel du sinthome » ; et également la conversation avec Rodolphe Burger, notre artiste invité, dont la prestation a enchanté le plus grand nombre.
Outre sept cas cliniques, on lira, prononcés en diverses circonstances, une étude théorique de Jean Luc Monnier et deux conférences respectivement de Nadine Page sur l’addiction et de Jean-Louis Gault sur le symptôme « entre parole et écriture ». Ce dossier constitue un véritable document de travail sur la politique du symptôme.
La rubrique « Introduction à la psychanalyse » répond autant que possible à notre ligne éditoriale consistant à publier des textes accessibles : à cet égard, Marie-Claude Chauviré, Thomas Kusmierzyc, Gilles Chatenay, Mathieu Personnic et David Oger relèvent le gant !
« Connexions » accueille des éclairages singuliers sur des œuvres. Si le peintre Albert Ayme y voisine avec le dessinateur Sempé malgré la distance de leurs démarches respectives, c’est par la grâce de la belle rencontre que fut le premier pour Remi Lestien, et le deuxième pour Monique Amirault : ils excellent à nous en restituer l’essentiel.
La nouvelle rubrique « Échos de… », répond par ailleurs au souci de donner une place à des interventions remarquées dans l’une ou l’autre des journées ou soirées d’étude en acf-vlb, mais qui pour autant, ne relevaient pas directement ni du thème du dossier, ni des autres rubriques : c’est le cas du texte d’Éric Zuliani intervenu au Forum sur l’autisme à Angers ainsi que celui de Dominique Fraboulet sur les soins palliatifs, prononcé lors d’une journée « Psychanalyse et médecine » au Mans.
Enfin, les trois villes qui, après Angers, Nantes et Rennes, continuent de faire surgir une certaine forme de l’acf-vlb, sont cette fois des ports ou ville de bord de mer – Saint-Nazaire, Saint-Malo, Saint-Brieuc – où trois artistes, écrivains ou poètes nous embarquent sans naufrage !
Toute l’équipe éditoriale vous souhaite une excellente lecture.

Sommaire

Éditorial Jeanne Joucla

Extraits du cours « Le partenaire-symptôme »

Jacques-Alain Miller
Lecture d’Inhibition, symptôme et angoisse de Freud

Dossier –  La politique du symptôme en psychanalyse

– Conférences

Hélène Bonnaud
De la jouissance du symptôme au réel du sinthome

Nadine Page
L’addiction : symptôme hypermoderne ?

Jean-Louis Gault
Le symptôme, entre parole et écriture

– Conversation

Ariane Oger et Jeanne Joucla
Conversation avec Rodolphe Burger

– Étude

Jean Luc Monnier
L’intelligence du symptôme

– Cas cliniques

Élisabeth Brunet
Croire la vie sur parole

Gérard Seyeux
Prise de tête

Solenne Albert
Chercher sa propre voie

Françoise Malo
D’une phobie scolaire à la question du sujet
Claude Helen
Circonscrire la chose

Julien Berthomier
« Collectionnite »

Éric Taillandier
L’addiction s’il vous plaît !

Introduction à la psychanalyse

Marie-Claude Chauviré-Brosseau
L’Homme aux rats
, paradigme du symptôme obsessionnel
David Oger et Mathieu Personnic
La découverte du transfert : Anna O., Breuer et Freud
Thomas Kusmierzyk
Acting out et passage à l’acte

Gilles Chatenay
Métaphore et métonymie, un samedi matin à Nantes

Échos de…

Éric Zuliani
Pour une pratique humanisante

Dominique Fraboulet
Le soin palliatif : comment rester vivant ?

Connexions

Monique Amirault
L’art de l’enfance (ou L’enfance ? tout un art)

Remi Lestien
La peinture couleur de temps d’Albert Ayme

Entrée des artistes

Ivadela Trund
Au fond de la baie, Saint-Brieuc

Pascal Fauvel
L’étoile de pierre

Alain Geffray
Saint-Nazaire : par vent et par eau, des chantiers dans tous les sens

Le combat perdu de l’église

mariage_hollande_egliseMariage pour tous :

le combat perdu

de l’Église

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par Danièle Hervieu-Léger *

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Dans le débat sur le mariage pour tous, il n’est pas étonnant que l’Eglise catholique fasse entendre sa voix. Le soin qu’elle prend d’éviter toute référence à un interdit religieux l’est davantage. Pour récuser l’idée du mariage homosexuel, l’Eglise invoque en effet une « anthropologie » que son « expertise en humanité » lui donne titre à adresser à tous les hommes, et non à ses seuls fidèles. Le noyau de ce message universel est l’affirmation selon laquelle la famille conjugale – constituée d’un père (mâle), d’une mère (femelle) et des enfants qu’ils procréent ensemble – est la seule institution naturelle susceptible de fournir au lien entre conjoints, parents et enfants, les conditions de son accomplissement.

En dotant cette définition de la famille d’une validité « anthropologique » invariante, l’Eglise défend en réalité un modèle de la famille qu’elle a elle-même produit. Elle a commencé de mettre en forme ce modèle dès les premiers temps du christianisme, en combattant le modèle romain de la famille qui s’opposait au développement de ses entreprises spirituelles et matérielles, et en faisant du consentement des deux époux le fondement même du mariage.

Dans ce modèle chrétien du mariage – stabilisé au tournant des XIIe-XIIIe siècles -, le vouloir divin est supposé s’exprimer dans un ordre de la nature assignant l’union à la procréation et préservant le principe de la soumission de la femme à l’homme. Ce serait faire un mauvais procès à l’Eglise que d’occulter l’importance qu’a eue ce modèle dans la protection des droits des personnes et la montée d’un idéal du couple fondé sur la qualité affective de la relation entre les conjoints. Mais la torsion opérée en en faisant la référence indépassable de toute conjugalité humaine n’en est rendue que plus palpable.

Car cette anthropologie produite par l’Eglise entre en conflit avec tout ce que lesanthropologues décrivent au contraire de la variabilité des modèles d’organisation de la famille et de la parenté dans le temps et l’espace. Dans son effort pour tenir à distance la relativisation du modèle familial européen induit par ce constat, l’Eglise ne recourt pas seulement à l’adjuvant d’un savoir psychanalytique lui-même constitué en référence à ce modèle.

Elle trouve aussi, dans l’hommage appuyé rendu au code civil, un moyen d’apporter un surplus de légitimation séculière à son opposition à toute évolution de la définition juridique du mariage. La chose est inattendue si l’on se souvient de l’hostilité qu’elle manifesta en son temps à l’établissement du mariage civil. Mais ce grand ralliement s’explique si l’on se souvient que le code Napoléon, qui a éliminé la référence directe à Dieu, n’en a pas moins arrêté la sécularisation au seuil de la famille : en substituant à l’ordre fondé en Dieu l’ordre non moins sacré de la « nature », le droit s’est fait lui-même le garant de l’ordre immuable assignant aux hommes et aux femmes des rôles différents et inégaux par nature.

La référence préservée à l’ordre non institué de la nature a permis d’affirmer le caractère « perpétuel par destination » du mariage et d’interdire le divorce. Cette reconduction séculière du mariage chrétien opérée par le droit a contribué à préserver, par-delà la laïcisation des institutions et la sécularisation des consciences, l’ancrage culturel de l’Eglise dans une société dans laquelle elle était déboutée de sa prétention à dire la loi au nom de Dieu sur le terrain du politique : le terrain de la famille demeurait en effet le seul sur lequel elle pouvait continuer de combattre la problématique moderne de l’autonomie de l’individu-sujet.

Si la question du mariage homosexuel peut être considérée comme le lieu géométrique de l’exculturation de l’Eglise catholique dans la société française, c’est que trois mouvements convergent en ce point pour dissoudre ce qui restait d’affinité élective entre les problématiques catholique et séculière du mariage et de la famille.

Le premier de ces mouvements est l’extension de la revendication démocratique hors de la seule sphère politique : une revendication qui atteint la sphère de l’intimité conjugale et familiale, fait valoir les droits imprescriptibles de l’individu par rapport à toute loi donnée d’en haut (celle de Dieu ou celle de la nature) et récuse toutes les inégalités fondées en nature entre les sexes. De ce point de vue, la reconnaissance juridique du couple homosexuel s’inscrit dans le mouvement qui – de la réforme du divorce à la libéralisation de la contraception et de l’avortement, de la redéfinition de l’autorité parentale à l’ouverture de l’adoption aux célibataires – a fait entrer la problématique de l’autonomie et de l’égalité des individus dans la sphère privée.

Cette expulsion progressive de la nature hors de la sphère du droit est elle-même rendue irréversible par un second mouvement, qui est la remise en question de l’assimilation, acquise au XIXe siècle, entre l’ordre de la nature et l’ordre biologique. Cette assimilation de la « famille naturelle » à la « famille biologique » s’est inscrite dans la pratique administrative et dans le droit.

Du côté de l’Eglise, le même processus de biologisation a abouti, en fonction de l’équivalence établie entre ordre de la nature et vouloir divin, à faire coïncider de la façon la plus surprenante la problématique théologique ancienne de la « loi naturelle » avec l’ordre des « lois de la nature » découvertes par la science. Ce télescopage demeure au principe de la sacralisation de la physiologie qui marque les argumentaires pontificaux en matière d’interdit de la contraception ou de la procréation médicalement assistée. Mais, au début du XXIe siècle, c’est la science elle-même qui conteste l’objectivité de ces « lois de la nature ».

La nature n’est plus un « ordre » : elle est un système complexe qui conjugue actions et rétroactions, régularités et aléas. Cette nouvelle approche fait voler en éclats les jeux d’équivalence entre naturalité et sacralité dont l’Eglise a armé son discours normatif sur toutes les questions touchant à la sexualité et à la procréation. Lui reste donc, comme seule légitimation exogène et « scientifique » d’un système d’interdits qui fait de moins en moins sens dans la culture contemporaine, le recours intensif et désespéré à la science des psychanalystes, recours plus précaire et sujet à contradiction, on s’en rend compte, que les « lois » de l’ancienne biologie.

La fragilité des nouveaux montages sous caution psychanalytique par lesquels l’Eglise fonde en absoluité sa discipline des corps est mise en lumière par les évolutions de la famille conjugale elle-même. Car l’avènement de la « famille relationnelle » a, en un peu plus d’un demi-siècle, fait prévaloir le primat de la relation entre les individus sur le système des positions sociales gagées sur les différences « naturelles » entre les sexes et les âges.

Le coeur de cette révolution, dans laquelle la maîtrise de la fécondité a une part immense, est le découplage entre le mariage et la filiation, et la pluralisation corrélative des modèles familiaux composés et recomposés. Le droit de la famille a homologué ce fait majeur et incontournable : ce n’est plus désormais le mariage qui fait le couple, c’est le couple qui fait le mariage.

Ces trois mouvements – égalité des droits jusque dans l’intime, déconstruction de l’ordre supposé de la nature, légitimité de l’institution désormais fondée dans la relation des individus – cristallisent ensemble en une exigence irrépressible : celle de la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe, et de leur droit, en adoptant, de fonder une famille. Face à cette exigence, les argumentaires mobilisés par l’Eglise – fin de la civilisation, perte des repères fondateurs de l’humain, menace de dissolution de la cellule familiale, indifférenciation des sexes, etc. – sont les mêmes que ceux qui furent mobilisés, en leur temps, pour critiquer l’engagement professionnel des femmes hors du foyer domestique ou combattre l’instauration du divorce par consentement mutuel.

Il est peu probable que l’Eglise puisse, avec ce type d’armes, endiguer le cours des évolutions. Aujourd’hui, ou demain, l’évidence du mariage homosexuel finira par s’imposer, en France comme dans toutes les sociétés démocratiques. Le problème n’est pas de savoir si l’Eglise « perdra » : elle a – beaucoup en son sein, et jusque dans sa hiérarchie, le savent – déjà perdu.

Le problème le plus crucial qu’elle doit affronter est celui de sa propre capacité à produire un discours susceptible d’être entendu sur le terrain même des interrogations qui travaillent la scène révolutionnée de la relation conjugale, de la parentalité et du lien familial. Celui, par exemple, de la reconnaissance due à la singularité irréductible de chaque individu, par-delà la configuration amoureuse – hétérosexuelle ou homosexuelle – dans laquelle il est engagé.

Celui, encore, de l’adoption, qui, de parent pauvre de la filiation qu’elle était, pourrait bien devenir au contraire le paradigme de toute parentalité, dans une société, où quelle que soit la façon dont on le fait, le choix d' »adopter son enfant », et donc de s’engager à son endroit, constitue le seul rempart contre les perversions possibles du « droit à avoir un enfant », qui ne guettent pas moins les couples hétérosexuels que les couples homosexuels.

Sur ces différents terrains, une parole adressée à des libertés est attendue. Le mariage homosexuel n’est certainement pas la fin de la civilisation. Le fait qu’il puisse constituer, si l’Eglise n’a pas d’autre propos que celui de l’interdit, un jalon aussi dramatique que le fut l’encyclique Humanae Vitae en 1968 sur le chemin de la fin du catholicisme en France n’est pas une hypothèse d’école.

Danièle Hervieu-Léger



* Paru dans Le Monde du 12 janvier 2013.

Claude Levi-Strauss face au couple homosexuel

claude_levi_straussClaude Levi-Strauss face au couple homosexuel

par Yves Depelsenaire *

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Grande agitation autour du mariage homosexuel. Dans tout ce tohu-bohu, on a recours à l’anthropologie pour éclairer de prétendus invariants de la structure familiale. En arrière-plan, des questions qui ont leur dignité, sur les modalités contemporaines des alliances et des structures de la parenté, dont Claude Lévi-Strauss avait dégagé les formes élémentaires.

Il ne sera pas inutile d’attirer ici l’attention sur un texte posthume du grand anthropologue disparu, publié en avril 2011 dans un recueil de conférences prononcées au Japon au printemps 1986, L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne (Coll. du XXème siècle, Seuil). La seconde de ces conférences porte sur trois grands problèmes contemporains : la sexualité, le développement économique, les relations entre la pensée mythique et la science.

S’agissant de la sexualité, trois questions majeures retiennent l’attention de Lévi-Strauss : le prêt de l’utérus ; la procréation artificielle ; le couple homosexuel. En regard de chacune de ces questions nouvelles dans nos sociétés, il met les surprenants montages élaborés dans d’autres sociétés, au mépris du prétendu invariant familial universel.

Ainsi apprenons-nous que l’insémination avec donneur a son équivalent chez les Samo du Burkina Faso. Chaque fillette y est mariée de très bonne heure, mais avant d’aller vivre chez son époux, elle doit, pendant trois ans au plus, avoir un amant de son choix, officiellement reconnu pour tel. Elle apporte à son mari le premier enfant, né des oeuvres de son amant, mais qui sera considéré comme le premier né de l’union légitime.

Dans d’autres populations africaines, un homme marié dont la femme est stérile, peut, moyennant payement, s’entendre avec une femme féconde pour qu’elle le désigne comme père. Dans ce cas, le mari légal est donneur inséminateur, et la femme loue son ventre au couple sans enfants.

Chez les Indiens Tupi-Kawahib du Brésil, un homme peut épouser simultanément ou en succession plusieurs soeurs, ou une mère et sa fille d’une union précédente. Ces femmes élèvent en commun leurs enfants, sans se soucier spécialement de qui est celui-ci ou celui-là.

La situation symétrique prévaut au Tibet, où plusieurs frères ont en commun une seule épouse, tous les enfants étant attribués légalement à l’aîné.

Les Nuer du Soudan assimilent la femme stérile à un homme ! En qualité d’ « oncle paternel », elle reçoit le bétail représentant le « prix de la fiancée » payée pour le mariage de ses nièces, et elle s’en sert pour acheter une épouse qui lui donnera des enfants grâce aux services rémunérés d’un homme, souvent un étranger. Chez les Yoruba du Nigeria, une femme riche peut, elle aussi, acquérir des épouses qu’elle pousse à se mettre en ménage avec des hommes. Quand des enfants naissent, la femme, « époux légal », les prend pour siens. Dans ces deux cas de couples formés par deux femmes, une des femmes sera donc considérée comme le père légal et l’autre comme la mère biologique.

Lévi-Strauss évoque aussi le cas de figure du « mariage fantôme », qui chez les Nuer, autorise une femme veuve à engendrer « au nom du défunt » avec un de ses proches parents. Il en rapproche l’institution du lévirat chez les Hébreux. Ces enfants sont tenus pour des réincarnations du défunt. Ces sociétés n’éprouvent pas les craintes du genre qu’engendrent chez nous l’insémination avec le sperme congelé d’un mari défunt, mais le problème en cause n’est, aux yeux de l’anthropologue, guère différent.

Tous ces exemples témoignent de ce que le conflit en cause dans nos sociétés, entre la procréation biologique et la paternité sociale, n’existe pas dans d’autres, qui y apportent des solutions originales, constituant autant d’images métaphoriques anticipées des techniques modernes. Ils démontrent aussi que ce que nous considérons comme « naturel » et fondé sur l’ordre des choses se réduit à des contraintes et des habitudes mentales propres à notre culture.

Aux juristes et aux moralistes trop impatients, conclut Lévi-Strauss, les anthropologues prodiguent des conseils de libéralisme et de prudence. Ils font valoir que même les pratiques et les aspirations qui choquent le plus l’opinion procréation assistée, mise au service de femmes vierges à des femmes célibataires, veuves ou au service de couples homosexuels — ont leur équivalent dans d’autres sociétés qui ne s’en portent pas plus mal.



* Paru sur le site de La règle du jeu (http://laregledujeu.org/2013/01/16/11827/claude-levi-strauss-face-au-couple-homosexuel/ ) le 16 janvier 2013.

Quand les désirs deviennent Droits

13-05-25-26_uforca_afficheLes samedi et dimanche 25 et 26 mai 2013, à Paris

Colloque des Sections cliniques francophones,

animé par Jacques-Alain Miller
Le désir et la loi
 
 
PASSERELLES, la publication préparatoire au Colloque :
télécharger le numéro 1 ; le numéro 2 ;  le numéro 4 ; le numéro 5 ; le numéro 6 ; le numéro 7 , le numéro 8, le numéro 9 , le numéro 10
 

le numéro 11 ,  le numéro 12, le numéro 13 , le numéro 14, le numéro 15, le numéro 16, le numéro 17, le numéro 18, le numéro 19

 
 
 
L’argument :

La tradition vaticane veut que, juste avant Noël, le pape réponde aux vœux de la Curie romaine, réunie salle Clémentine. Le discours de cette année, loué par L’Osservatore Romano comme « l’un des plus importants d’un pontificat qui ne cesse de surprendre », dénonçait « l’atteinte (attentato) faite à la forme authentique de la famille, constituée du père, de la mère et de l’enfant ». Le souverain pontife daigna commenter à ce propos « le traité soigneusement documenté et profondément touchant » que le grand rabbin de France avait publié en octobre dernier, sous le titre « Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption: ce que l’on oublie de dire.« 

Ces hautes autorités spirituelles, l’une intervenant au nom de « la solidarité qui (la) lie à la communauté nationale dont (elle) fait partie », l’autre la relayant dans un souci pastoral étendu à « la situation actuelle de l’humanité », donnent au débat français sur le mariage pour tous un enjeu fondamental et vraiment passionnant. Il serait mesquin d’utiliser la laïcité comme cire à se cacheter les oreilles. Voyons plutôt l’argument.

Marier deux hommes ou deux femmes, et non plus seulement un homme et une femme, c’est, nous disent-ils d’un même cœur, nier la différence sexuelle. Or, n’est-il pas dit dès le premier chapitre de la Genèse « Il les créa mâle et femelle » ? Cette dualité est à la fois un don divin et une donnée naturelle. Elle « appartient à l’essence de la créature humaine » dit le pape, elle est constitutive de « sa nature propre ». C’est « un fait de nature, pénétré d’intentions spirituelles », interprète le rabbin, qui tient « la complémentarité homme-femme » pour « un principe structurant », essentiel à l’organisation de la société, et admis par « une très large majorité de la population ».

Une animosité perce, véhémente chez le juif, distanciée chez l’autre. On comprend à les lire que le projet de loi socialiste dérange le plan divin, et qu’il est tout à la fois blasphématoire, contre-nature et antisocial. C’est ainsi que Gilles Bernheim prête aux « militants LGTB » le dessein de « faire exploser les fondements de la société ». Joseph Ratzinger stigmatise la prétention de l’homme à « farsi da se », à se faire par soi-même : négation du créateur qui est négation de la créature, et qui use de la même « manipulation de la nature que nous déplorons aujourd’hui quand elle concerne l’environnement ». L’Osservatore parle d’ailleurs de protéger « l’écologie humaine et familiale ». Aucun ne pardonne à Simone de Beauvoir d’avoir écrit en 1949 : « On ne naît pas femme, on le devient ».Ce front uni judéo-chrétien, enraciné dans le même récit biblique de la création, masque bien des fissures. La loi judaïque, à l’origine, faisait du mariage un acte profane, un contrat civil, avant qu’il ne devienne une cérémonie religieuse à l’époque talmudique. Il y a chez saint Thomas, entre lex naturalis et lex divina, un rapport plus finement articulé que dans l’augustinisme papal. La doctrine luthérienne des deux royaumes rend difficile, malgré Karl Barth, de donner à la nature une traduction en termes de loi positive. Etc.

Les psychanalystes ne sont pas moins partagés. Nombre d’entre eux apportent au discours religieux l’appoint d’un Freud qui souscrit à l’aphorisme de Napoléon, « L’anatomie, c’est le destin ». Quand M. Bernheim évoque « les structures psychiques de base » nécessaires à l’enfant, est-ce la Bible qui l’inspire ? Plutôt pense-t-il à cet Œdipe dont Lacan prévoyait jadis qu’il servirait un jour à regonfler une imago du père détériorée par la montée du capitalisme.

Cependant, dégager la structure du drame œdipien en efface les personnages pour faire ressortir des fonctions. La fonction du désir, affine à la transgression et défiant toute norme, car déterminée par la loi (selon la parole de saint Paul : « Je n’ai connu le péché que par la loi »). La fonction de la jouissance, qui ne vous saisit jamais la première fois que par surprise et effraction, vous laissant une marque vouée à se répéter. Rien dans l’expérience analytique n’atteste l’existence d’un quelconque rapport d’harmonie préétablie entre les sexes. Ce rapport du fil à l’aiguille, sans doute l’a-t-on élucubré sous mille formes imaginaires, instituées et individuelles. Mais en définitive, ce que l’inconscient crie à tue-tête, disait Lacan, c’est que le rapport sexuel n’existe pas.

Nous en sommes là. Diviniser la nature a cessé d’être crédible. Depuis qu’on la sait écrite en langage mathématique, ce qu’elle dit compte de moins en moins, elle se retire, elle cède la place à un réel type boson de Higgs, qui se prête au calcul, non à la contemplation. L’idéal de la juste mesure n’est plus opératoire. Si la science véhicule la pulsion de mort qui habite l’humanité, croyez-vous qu’un comité d’éthique, même interreligieux, puisse l’endiguer ? C’est aujourd’hui le pathétique de la foi. Ecoutons plutôt le poète, quand il s’appelle Paul Claudel : « Il y a autre chose à dire aux générations qui viennent que ce mot fastidieux de “tradition” ».

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